Un esthète vachard

Marc Villard est un esthète. Le dira-t-on assez ?

C’est aussi un vachard qui mâche ses mots pour les lancer où ? Je vous le donne en mille en vous livrant la dédicace qu’il m’a faite sur son dernier recueil La filles des abattoirs, Rivages Noir n°1021, 280 pages, 8,80€ : Tiens, prends ça dans les dents. Certes, il rajoute Amitiés derrière, mais quand même, ça pique un peu.

Il aime à dire qu’un texte fait la longueur qu’il doit faire et basta ! Un anti Dantec en quelque sorte, même si, dans ce combat-là, entre le plus et le moins, le trop et le pas assez, le yin et le yang, c’est Villard qui a gagné puisque Maurice G. s’est éteint à Montréal ces jours-ci. C’est un amateur du court, de la nouvelle, de la novella et, des fois, il se lâche sur plus de 100 pages pour pondre un petit roman. C’est rare mais ça existe.

Avec un physique de serial killer à la retraite (il écrit pour éviter d’aller poignarder, dans la rue, le premier quidam venu), de grosses lunettes de myope qu’il pose au bout de son nez pour vous regarder dans les yeux, une bonhommie apparemment prudente entachée d’une panique viscérale de louper son train de retour d’un festival, son BEPC fièrement revendiqué, son amour rémois du foot, du jazz assumé envers et contre tous, notamment son compère JiBé Pouy, l’homme nous a régalé avec ses villardisations, ses auto fictions apéritives, roboratives, obsessives, à l’Atalante, dans lesquelles sa plume acide n’épargne personne, ni lui, ni les cons qui nous entourent.

Il n’épargne, dans ses nouvelles, pas grand monde non plus, surtout la sale habitude humaine qui consiste à penser à sa gueule et, donc, à écraser celle de son voisin pour assurer, non pas son canapé ou sa télévision écran plat mais sa dose de came, son beefsteak, bref ce qui maintient, pour un temps, en vie.

Ses héros, dans le sens où ils sont mis en avant dans une de ses nouvelles, suintent la vie par tous les pores, qu’ils soient flic viré pour bavure, braqueur voyeur, veuf vengeur, sosie de Maradona bossant dans une usine à saucisses, journaliste intègre, espion dormant, jeune fils d’un clodo, musicien de jazz noyé, femme camée au corps exposé ; tous et toutes ont le destin tracé rue de l’impasse.

On a tout dit de l’écriture de Marc Villard : contenue, ascétique, mordante, cynique, jaugée, noire, grise, jaune, tendue, poétique, sèche, maigre, sobre et, le must, épurée. Elle est tout simplement directe, elle va à l’essentiel, elle tranche dans le vif, cautérise, suture, soigne. Elle va droit au cœur.

Et c’est ainsi que Villard sillonne nos âmes, à coup de cutter, mais tout en pansant ce qu’il faut, notre cœur d’artichaut. L’artichaut (Artie Shaw, facile…), est un plat de pauvres, comme disait Coluche, car il y en a plus dans l’assiette après qu’avant. C’est ainsi que Villard nous laisse, après la lecture d’une de ses nouvelles, on est épluché, nu comme au premier jour avec le sentiment d’être habillé pour l’hiver. Merci Marc.

François Braud

pst : si vous voulez retrouver l’esthète vachard, allez donc faire un tour sur son site, vous comprendrez, là : http://www.marcvillard.net/?Dodgers-par-Bill-Beverly-Le-Seuil

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