Le racisme est une manière de déléguer à l’autre le dégoût qu’on a de soi-même

Ce qu’il y a de bien avec Oppel, c’est qu’il ne se moque jamais de ses lectrices et lecteurs. Qu’il écrive pour les grands comme pour les petits, l’auteur est tatillon sur tout : narration, humour, personnages et chute. Il peaufine et lisse son écriture, travaillant la virgule autant que le dialogue, le mot comme les maux, l’envie comme la vie.

Il ne manque rien de tout cela dans Danse avec les poneys. L’auteur livre en 133 pages un petit bijou de suspense et d’humour dans lequel brillent de jeunes filles amatrices de danse et de poneys. Et peu importe la tenue : tutu ou collant, legging ou bombe, Morgane et Lola se donnent à cœur perdu dans le rythme de la salle de danse de jazz dont les fenêtres jouxtent sur les box du poney-club (« … et tes doubles poneys, là, ils sont posés l’un sur l’autre ou ficelés côte à côte ? ») comme Juliette en « tutu à jupette pour les cours, mais plus tard j’aurai un vrai tutu plateau de danseuse étoile comme à l’opéra… » qui rêve aussi d’aller taquiner le double poney.

Quand un incendie se déclare au centre équestre, toutes se ruent pour sauver les animaux.

Commence alors une course contre la montre pour sauver du feu les poneys. Mais l’incendie est-il vraiment le cœur de l’énigme ? Pourquoi l’accident aux écuries (qui ouvre le roman) est-il vraiment un accident ? Quand le fou montre la lune du doigt, l’idiot ne voit-il pas que le doigt ? Les chevaux rêvent-ils quand ils dorment ? Si, oui, font-ils de beaux rêves ? Des cauchemars ?

Morgane, Lola, Chloé, Juliette sont les héroïnes de ce suspense mené avec souffle dans lequel les adultes ont toujours un temps de retard comme si le courage était une conception naïve et l’intelligence un principe en construction qui n’attend pas la valeur des années.

Et Oppel de démontrer, là encore, son talent, au service des jeunes lectrices et lecteurs que nous sommes toujours. Quand je pense que certains lisent ce genre d’écrits comme une récréation à l’image de ceux, les grands, qui lisent du roman noir uniquement à la plage. Encore un cliché que l’auteur s’acharne à démonter, comme ceux qu’on attribue : aux roux qui sentent sous la pluie, aux blondes de chez blondes, aux filles garçons manqués qui font du quad, aux garçons tarlouzes qui dansent…

Un texte roboratif qui cloue le bec aux discriminations.

Et pour enfoncer le clou, Syros republie Le démon de Mehdi du même auteur.

Mehdi est file au ciné mais il « emprunte » un peu plus qu’il ne faudrait à sa mère dans son porte-monnaie. Sandra veut comprendre et suit son rejeton pour comprendre. Voleur son fils ? Elle le prend mal. Elle n’est pas au bout de ses surprises car Mehdi va, déception amoureuse oblige, non seulement se révéler voleur (deux fois !) mais aussi discriminant. Trop, c’est trop !

Quelques pages (35) vont suffire à Oppel pour donner une leçon de vie à tous les Mehdi de la terre. À tous ceux qui se trompent de colère, à tous ceux que la jalousie aveugle, à tous ceux qui croient seulement à ce qu’ils voient, sans penser une seule seconde à réfléchir à ce qu’ils sont. Et quelquefois une vraie baffe d’adulte remet les choses au point. On le comprend, Oppel assume et signe là un roman à mettre entre toutes les mains, lisses et neuves, mais aussi tachetées et ridées.

Et c’est ainsi qu’Oppel est grand. Et barbu, mais cela, c’est une autre histoire…

 Oppel Mehdidanse-avec-les-poneys

François Braud

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