Que pouvait apporter Grace à son mari, si ce n’est au moins un repas chaud tous les soirs ?

Tout est sous contrôle… ou presque

« Prends soin de ta maison et de ton mari, répond-elle, sinon une autre que toi le fera. »

Le conseil d’une mère à sa fille est toujours à suivre. La femme se doit d’être une parfaite épouse. Nous pourrions être aujourd’hui à peu près n’importe où tant les préjugés sont encore enracinés dans les têtes masculines mais nous sommes à Détroit en 1958. Dans un quartier ouvrier populaire blanc. Les hommes sont à l’usine et les femmes dans la cuisine. Le bonheur coule. Mais, il se teinte. Des gens de couleur commencent à s’installer dans le quartier. Des femmes de couleur aguichent les bons ouvriers blancs les jours de paie. D’autres font leurs courses dans les mêmes magasins que nos ménagères blanches. Ils deviennent ainsi moins fréquentables. On pense alors à déménager. Mais le travail est là et les autres quartiers sont chers.

Lori Roy nous plonge dans le quotidien de trois femmes : Malina, qui croit déceler sur le col de son mari une odeur sucrée qui ne peut provenir que d’une autre femme, Grace, enceinte jusqu’aux dents, Julia qui a perdu son enfant et s’occupe de ses deux nièces espiègles.

Lorsque Elizabeth, une simple d’esprit disparaît, c’est tout le quartier qui s’organise pour la retrouver, alors que dans le même temps, une prostituée noire assassinée n’intéresse pas grand monde.

Toute cette communauté va voir le vernis s’écailler, les rancœurs se multiplier, les non-dits se taire davantage. Le désastre s’annonce mais il n’arrive pas vraiment. Il faut conserver les apparences, coûte que coûte.

Un roman noir qui se moque de l’intrigue quelque peu, pas trop, mais quand même un peu. L’ambiance délétère nous poisse les doigts, on en vient à crier, à hurler même pour demander à ces femmes de ne pas accepter leur statut mais rien ne change vraiment. Tout est sous contrôle. Ou presque.

Le paradis a la couleur qu’on veut bien lui donner. La palette varie à vomir. À vouloir trop de blanc, on en devient par devenir transparent. Et, à travers, on voit les âmes ; pâles, translucides, jaune pisseux, poussiéreuses. On ne peut s’empêcher de les plaindre tout en les accusant. Là est la force de ce roman : il vous laisse un goût amer dans la bouche dont on ne peut se débarrasser même en refermant le livre.

Lori Roy, De si parfaites épouses, Points Seuil n°4408, 365 pages, 2016, traduction de Valérie Bourgeois, 7€70 (1ère édition Le Masque, 2015)

François Braud

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