La part des anges

C’était mon ami.

C’était mon cousin.

Nos partagions notre nom mais aussi une passion du noir. C’était d’ailleurs lui qui m’avait mis dans les mains ma première Série Noire, Didier Daeninckx, Le der des ders (Gallimard). On connaît la suite. Vous l’avez sous les yeux. Il connaît la fin : il est mort cette semaine. Christophe aimait lire, il aimait aussi écrire. Il avait publié dans la revue Caïn (n°28, printemps 2002) un texte. Je le soumets à votre lecture.

Salut Christophe…

La part des anges

Ça a débuté comme ça. Moi, j’avais jamais rien dit. Je ne dis jamais rien.

On s’est rencontrés une nuit.

Je l’ai accompagnée jusqu’au bout.

Ça a débuté comme ça. Un soir. Dans ce bar de la rue de l’Angle. Elle disait rien, mais je m’en fichais. Je l’avais trouvée. Naturellement. Je l’avais cherchée. Pas de hazard.

Je naviguais dans les oubliettes du désespoir. Une trop jolie idiote m’avais appris l’amour propre. Au figuré, ça ressemblait plus à rien.

On s’était pas lâchés. Le monologue servi de transi solitaire ne l’avait pas fait fuir. Même, je l’avais vue sensible à ma mélancolie. Félicité. One bourbon, one scotch, one beer

John Lee Hooker et Dyonisos étaient de la fête. Aggapée était nue. Bacchus n’avait plus qu’à se rhabiller.

Absente.

À poil réveillé. Pas là. Kawa d’autor. Sugar. Pas du brown. Trique prométhéenne. Requiem de ma nuit. Encore. Aujourd’hui.

J’lai retrouvée ce soir-là, au « Strait live Bar ». Freddy Reiter au saxophone dans More Wisky d’Aitken rappelait que le jazz, le blues ou le ska étaient cousins. Non. Des amis. De mémoire. Moirée. Toi là. Au chant muet et ininterrompu. En scène.

Absinthe.

Je déclinais boire sur un seul mode. Savoir, lui, n’avait que l’accent des possibles. Je m’envoyais sans fard sur des pistes aveugles flanquées de sémaphores aux signaux hybrides…

Vertigo.

Je l’ai cherchée, la cherche encore. Naturellement. Aux nuits plurielles en elle, s’étaient succédé les heures sans jour ni lumière.

Je l’ai perdue.

Un soir sans lune. Et hurlant ma perte.

Moi, l’Ivresse, j’ai jamais rien dit. Rien. Je ne dis jamais rien. Les hommes me préfèrent muette.

Christophe Braud

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