Droit au pauvre (le feuilleton de l’été, épisode 8)

Résumé des épisodes précédents :

Au Village, le pire est arrivé. Un attentat sans nom vient d’être commis la première nuit après l’arrivée des déculpabilisateurs et des déculpabilisatrices. La statue du bourgmestre, Saint Jean, un des Premiers Migrants, un de ceux qui ont fait du Village un espace hors du monde, un espace dans lequel règne, normalement, l’ordre, le calme et la sécurité, et bien cette statue a été vandalisée. Le Jour Où Tout A Basculé a accouché aussi du meurtre d’Isidore Le Grand Prêtre Le Prophète. C’en est trop ! Le chef de La Tournante, la sécurité du Village, décide de mèner l’enquête.

 

Vous me direz, hein ?

 

Droit au pauvre

Le feuilleton de l’été

Épisode 8

 

Chapitre 14 : Objection, votre honneur

 

– Nom ?

– Izquierdo.

– Prénom ?

– Dominique.

– Vous êtes bien le numéro 71 ?

– Je ne suis pas un numéro ! Je suis un être humain !

Ça tousse…

– Sexe ?

Dominique se met à pleurer.

Les interrogatoires avaient commencé dès le début de l’après-midi du Jour Où Tout A Basculé. Le chef de La Tournante avait planifié un ordre du jour précis en fonction du numéro de chacun chacune attribué par l’Agence LOCO. Tout devait se faire dans l’ordre, le calme et la sécurité selon le mantra du Village. L’ordre fut à peu près respecté malgré les interventions intempestives de la bande de jeunes qui voulaient savoir pourquoi on les avait mis en GAV, ils avaient rien fait, ils étaient innocents monsieur le juge, c’était quoi cte parodie de justice et ils rentraient sans arrêt dans la salle d’interrogatoire pour clamer leur colère. Le calme était donc intermittent. Surtout que quand les jeunes se calmaient, c’est Louis qui tentait d’avoir le dernier mot… quelquefois doublé par Raymond qui prenait son travail très au sérieux. La sécurité ébranlée, par l’attentat et le meurtre, était fébrile et sur le qui-vive mais le chef de La Tournante était là pour réguler et il tentait de raisonner tout le monde, ce qui n’était pas chose aisée.

On devait se présenter à l’heure marquée sur la convocation (affichée sur la porte de la salle d’interrogatoire – on se serait cru revenir aux résultats du brevet des collèges) et répondre aux questions posées par le chef de La Tournante. J’étais donc un des derniers à passer avec mon numéro 98. Mais j’avais acquis le droit d’être présent à tous les interrogatoires. J’étais le témoin candide de l’enquête, mais aussi un défenseur, un avocat des Gens De L’Ailleurs. Anatole jouait, quant à lui, le rôle de procureur. Avant, comme tout baveux qui se respecte, j’avais exigé de connaître le dossier. Isidore Le Grand Prêtre Le Prophète avait été retrouvé assis dans son fauteuil en cuir, dans son salon, une balle dans la tempe. L’arme n’avait pas été retrouvée. Donc le chef de La Tournante en avait déduit, puisqu’aucune arme n’était tolérée au Village, que le meurtrier ne pouvait être qu’un déculpabilisateur ou une déculpabilisatrice. CQFD. Et, d’autre part, puisque l’arme n’avait pas été retrouvée, c’est que le meurtrier l’avait emportée après son méfait, donc le suicide était exclu. CQFD again. Bon, c’était raisonnable mais largement critiquable. Je devais m’en tenir à cette dernière possibilité ; mon job était en jeu. Je ne pouvais compter sur les moyens redoutables de la police scientifique pour analyser une empreinte, un résidu de poudre, une trajectoire de balle, une trace de sang car il n’y avait ici, au Village, personne de compétent pour ce casting, ni aucun moyen moderne que l’on voit fleurir dans les séries télés : aucune caméra ou téléphone portable pour filmer quoique ce soit, aucune écoute téléphonique donc, et, de plus, aucun témoin, bref, rien, nada, que dalle, que couic. Il fallait faire avec. Ou plutôt sans. J’avais demandé à examiner la scène de crime. Le corps d’Isidore était absent ; Le Grand Prêtre Le Prophète avait été emmené chez le thanatopracteur local pour la cérémonie à venir (Le Grand Enterrement).

On m’avait escorté jusqu’à chez lui. Une grande maison de couleur jaune sur laquelle l’inscription Ordre Calme et Sécurité était gravée au-dessus de la marquise, un joli vitrail représentant, il me semble Saint Jean et Sainte Florence. Un couloir menait au salon. On ne m’a pas permis de visiter les autres pièces. Il était tapissé de larges bandes noires et blanches qui donnaient légèrement le tournis si on les fixait car elles étaient inclinées, irrégulières, de largeur inégales. Un lustre éclairait faiblement l’ensemble. On n’en demandait pas tant. Le salon était petit, carré et oppressant. Au centre trônait un fauteuil en cuir. Sur le dossier subsistait encore un peu de sang séché. La table basse qui lui faisait face était vierge de tout objet. Pas la trace du moindre verre ou du moindre mégot. Pas d’alcool et pas de cigarettes au Village. Pourtant il flottait encore dans l’air comme une odeur de brûlé qui piquait les yeux et un fort relent mentholé. Il faisait sombre ; les volets étaient fermés. Le deuil. Des portraits couvraient les murs. À un tel point qu’on ne voyait plus le papier, peint ? Des peintures. Des croûtes. Je reconnus Saint Jean et Sainte Florence et ce qui devait être Anatole, posant allongé nu sur une peau de bête. De nombreuses autres personnes posaient, hiératiques, les yeux fixes, l’attitude figée. Les Premiers Migrants m’avait soufflé le chef de La Tournante. C’était sans doute cela qui donnait à l’ambiance comme un sentiment de gêne, du moins pour moi, car le chef de La Tournante se signait dès que son regard tombait sur un des tableaux. Dans la cheminée, l’âtre était propre comme un sou neuf. La scène de crime n’avait rien à me dire car elle ne ressemblait pas à une scène de crime, exceptée la trace de sang sur le fauteuil. C’était comme le fauteuil témoin d’un salon témoin d’une maison témoin, prête à être vendue. On avait l’impression que personne n’y avait jamais vécu. J’inspectai alors le sol sans rien y trouver. J’avais beau tourner dans la pièce comme un fauve dans un zoo, aucun indice ne se révélait à moi. Et quand je tentai d’inspecter une autre pièce, on me refusa l’accès en s’imposant torse en avant, yeux révulsés et paumes dressées. S’il vous plaît, respectez le mort. Respect ou prudence ?

Le premier interrogatoire avait été pour Jeff, le numéro 1. Il était heureux comme un pape de passer en tête.

– Nom ?

– Bramet.

– Prénom ?

– Jeff.

– Sexe ?

– Masculin.

– Où étiez-vous la nuit précédente ?

– Dans mon lit.

– Avez-vous quelqu’un pour en témoigner ?

– Oui. Mon hôte. Sa femme. Ses enfants. Tout le monde dort avec moi.

– Par Saint Jean ! Vous êtes le diable !

– Je plaisante, monsieur, je plaisante.

Le chef de La Tournante rit jaune. Il fait celui qui entend la bonne blague mais ne la comprend pas.

– Bon. Avez-vous introduit une arme au Village ?

– Pour quoi faire ?

– Je ne sais pas moi. Je vous pose la question.

– Hé bien, c’est ma réponse.

– On n’a rien fait, on est innocent monsieur le juge.

Les jeunes s’énervaient derrière la porte…

Le suivant était Abdul. Un Français d’origine maghrébine, tagueur à ses heures perdues. Le Chef de La Tournante était particulièrement soupçonneux. Un Arabe qui aime la peinture. Cela faisait de lui, un potentiel candidat à « l’attentat » sur la statue, voire au meurtre d’Isidore Le Grand Prêtre Le Grand Prophète.

– Vous pouvez me montrer vos mains.

Et Abdul de les tendre. Elles n’étaient pas bronzées mais rouges. Circonstance aggravante.

– C’est vous l’auteur de l’attentat ! Vous êtes aussi le meurtrier d’Isidore, Le Grand Prêtre Le Prophète ! Honte à vous ! Nous vous recueillons et voilà comment vous nous rendez service !

Le procureur Anatole attaquait. Et il ne faisait pas semblant. On croyait voir poindre à la commissure de ses lèvres comme un peu d’écume…

–  Comment expliquez-vous ces traces ? renchérit le chef de La Tournante, en fronçant les sourcils, plissant les yeux, tendant la tête à s’en rompre le cou tout en essayant de remettre l’attelage dans la bonne direction en contrôlant le suspect, en contenant Anatole, en me prenant pour témoin et en surveillant la porte. Et le tout en même temps.

– Ben, je suis graffeur. Je travaille à l’élaboration d’une fresque sur le mur ouest du Village. Il y a beaucoup de rouge. C’est tout. Parlez-moi de Banksy, de Basquiat, d’Invader mais pas de barbouillage de statue ou de répugnant assassinat. S’il vous plaît, respectez l’artiste !

Abdul s’était levé, grand seigneur, et avait haussé la voix comme un prince. Il avait fait semblant de partir pour qu’on le retienne encore un peu. Le chef de La Tournante l’avait finalement laissé partir mais il tenait la corde des suspects les plus crédibles, enfin, selon lui. Il avait mis un signe distinctif dans son petit carnet en face du numéro d’Abdul, le n°2.

Puis étaient venus s’expliquer les numéros 3 et 4. On avait eu du mal à les entendre car Bernard le camelot était entré pour vendre un fantastique couteau en céramique au prix incroyable de… Personne n’était intéressé mais je vis le chef de La Tournante ouvrir son petit carnet et user son stylo.

Le n°5 était Stéphane, la drag-queen. À la question Sexe ? il avait répondu neutre. On avait mis deux plombes à s’expliquer. Avec Carlos, ça avait été du sport aussi.

– Vous sentez l’alcool, monsieur.

S’il n’y avait que l’odeur de vinasse, cela aurait été tenable mais Carlos dégageait une pestilence digne d’un égout de basse fosse.

– L’alcool, tu ne sais pas si c’est un ami qui te veut du mal ou un ennemi qui te veut du bien.

Louis était entré et se mêlait à la conversation.

L’interrogatoire avait été écourté. À cause de Louis ou de à l’odeur ?

Les numéros 10 et 11 avaient tenté de jouer leur survie aux dés. Un double six avaient clos l’interrogatoire.

La famille de Roumains (n°21) avait dû se justifier sur un petit problème de nombre :

– Je vois que vous êtes six. Or, sur ma fiche, qui provient de l’Agence LOCO, vous devriez être 4. C’est marqué là, fit le chef de La Tournante avec son index, d’habitude menaçant, mais là pédagogique.

– C’est quoi ct’arnaque ? hurlaient les jeunes derrière la porte ?

Le père avait pris l’air de celui qui tente de s’excuser de la gêne occasionnée tout en sachant pertinemment qu’il est fautif et que l’on ne va pas le croire. Alors, il en rajoutait essayant de noyer le poisson dans un verre d’eau.

– Non, l’agence a dû se tromper en comptant. Ça arrive souvent dans les administrations. Une fois, mon grand-père, en allant déclarer la naissance de mon père, un saint homme je vous prie de le croire, est tombé sur une secrétaire, qui se trouvait d’ailleurs être la cousine de son grand-oncle, du côté de sa mère, une sainte femme, je vous assure…

– Monsieur ? Revenez parmi nous s’il vous plait. Vous êtes 6. Un, deux, trois, quatre, cinq et six ; son index était redevenu inquisiteur. Et là, il tapota nerveusement son papier, il est marqué 4.

– Oui mais mes cousins qui habitent à deux pas de chez nous, on les voit souvent, ils passent à l’apéro ou pour voir un match, sont tombés malades. Alors, Cristino et Nelio on a dû les garder. Et là, paf, je trouve ce travail pour moi et ma femme et on peut aussi faire travailler les enfants, mais, je vous rassure, on fait l’école aux enfants, ma femme leur apprend à lire et moi à compter.

– Mais il va s’arrêter, hein ? s’énerva Anatole.

Le père comprend qu’il doit obtempérer :

– Ils étaient encore là au moment où sommes partis. On ne pouvait pas décemment les laisser chez leurs parents qui avaient la grippe. On croyait que ça gênerait pas.

– La grippe ?

Anatole perdit contenance puis connaissance.

– Par Saint Jean et Sainte Florence ! s’écria le chef de La Tournante.

Après l’examen des bilans santé de tout le monde, et les premiers soins donnés au Second Né, le chef de La Tournante finit par dire que, non, ça ne gênait pas mais bon, pourquoi le cacher alors ? Il ajouta cette incohérence dans son petit carnet. Elle prit place e dernière place d’une liste qui s’allongeait…

Ce fut alors le tour des jeunes. Ils rentrèrent et peinèrent à tenir dans la petite salle d’interrogatoire. Tout le monde parlait en même temps :

– Nom ?

– Pourquoi tu veux mon blaze ?

– Du cul !

– Mon nom c’est celui de mon daron. File un coup de phone au vieux.

– Prénom ?

– On s’connaît ?

– Trou !

– Fayed. C’est kabyle, pas arabe. Comme Zizou.

– Sexe ?

– Quand tu veux mais pas avec toi.

– T’as une capote ?

– Pas avant le mariage.

– Vous êtes bien le n°29 ?

– Je sais pas, je joue pas au loto moi.

– Je suis nul en maths.

– Zy va, on n’est pas à l’école.

– Où étiez-vous la nuit du meurtre ?

– Et toi ?

– Dans ton cul !

– Quel meurtre ?

Ils finirent par sortir en hurlant leur innocence et leur incompréhension. C’était le bazar pour ne pas dire le bordel. Surtout que Louis est venu se mêler au capharnaüm :

– Innocent les mains pleines.

– Jetez-lui la première pierre.

– L’anarchie, c’est l’ordre moins le pouvoir !

Il biffait sur son carnet, remettait son crayon sur son oreille et se faisait reconduire à la porte qu’il ouvrait dans la minute qui suivait.

Ce fut ainsi pour tout le monde. Jusqu’à Dominique.

Je tente de réconforter Dominique. Je demande que l’interrogatoire soit temporairement stoppé, le temps qu’il… qu’elle se calme. On fait alors renter le suivant. On revient à Dominique qui pleure à nouveau à la même question. J’explique au chef de La Tournante le problème de Dominique et lui suggère de passer à la question suivante. Il rechigne mais finit par céder et on avance. Du moins, dans les numéros, car pour l’enquête, rien ne ressort. Pourtant le chef de La Tournante note toujours ces fameuses incohérences ; n°79, le cantonnier, n’a pas d’alibi, n°81 (l’artiste) refuse de parler de son œuvre de peur qu’on lui pique son idée, n°85 (le bègue) bute sur la première question…

Arrive alors mon tour :

– Nom ?

– Renaud.

Oui, comme le chanteur.

– Prénom ?

– Gérard. Mais je vous demande de ne pas trop le dévoiler.

Oui, c’est pas facile à porter. Surtout jeune mais on s’y fait.

– Sexe ?

– Masculin.

Ça, personne n’en doute. Enfin, j’espère…

– Vous êtes le n°98.

– Oui.

– Où êtes-vous logé ?

– Chez Anatole.

– Le Second Né.

– Oui.

– C’est moi. Gloire Au Premier Né, Émile, mort d’un rhume à trois mois, ajoute le procureur.

Le chef de La Tournante se signe.

– Où étiez-vous la nuit de l’attentat et du meurtre ?

– Chez Anatole.

– Qui peut en témoigner ?

– Lui.

– J’ai le sommeil profond… signale Anatole.

– Vous n’avez pas l’impression qu’on a déjà eu cette discussion ? ajoutai-je.

– Si si, fait le chef de La Tournante, mais nous devons faire les choses dans les règles.

On a donc rejoué la scène du matin.

– Bon. Ben, c’est fini. Nous allons désormais délibérer pour donner notre jugement.

Fini ? Délibérer ? Le jugement ? Il faut que je stoppe ce grand n’importe quoi. Je contre-attaque :

– Non.

– Comment ça non ? font en chœur les deux Heureux.

– J’exige de pouvoir faire ma plaidoirie finale mais pour cela, j’ai besoin de faire venir à la barre un témoin.

– Qui ? demande le chef de La Tournante.

– Vous ?

– Moi ?

– Oui. Vous.

Le chef de La Tournante regarde Anatole. Celui-ci semble l’autoriser à y aller. Alors, il y va.

– Je suis à vous.

Les rôles s’échangent. La partie de bridge prend de l’ampleur…

– Nom ?

– Fortin.

– Prénom ?

– Colin ?

– Sexe ?

– Masculin.

– Racontez-moi. Comment êtes-vous arrivé sur la scène de crime ?

– Je suis venu chez Isidore Le Grand Prêtre Le Prophète car Anatole ici présent me l’a demandé, suite à l’attentat.

– C’est vrai, je confirme, rétorque Anatole.

– Racontez-moi.

– J’ai toqué à sa porte mais personne ne répondait. Je suis entré car la situation était grave et je sais qu’Isidore Le Grand Prêtre Le Prophète aimait à réfléchir souvent le matin, assis dans son fauteuil. Il méditait.

– Et ?

– Je l’ai trouvé affalé, dans son fauteuil, un trou dans la tempe. Il n’y avait rien sur la table, ni dans la cheminée. Personne n’était là. Rien n’a été enlevé.

Il répond à des questions que je ne lui ai pas posées. Comme, par exemple : Qu’y avait-il sur la table ? Dans la cheminée ? Y avait-il quelqu’un d’autre dans la pièce ? Avez-vous touché à quelque chose ?

Il dit non à l’avance de peur d’avoir à dire oui après. Il se comporte comme un coupable qui veut prouver son innocence et qui cherche à convaincre qu’il n’est qu’un accusé, mieux, un prévenu.

– Qu’y avait-il sur la table ?

– Rien.

– Dans la cheminée ?

– Rien.

– Qui d’autre était dans la pièce ?

– Personne.

– Avez-vous enlevé quelque chose ?

– Non.

Il a l’air ravi du Jésus dans sa crèche. Il sourit. Je lui ai enfin posé les questions qu’il attendait. Il est content. Sauf qu’il ment. C’est évident. J’en déduis donc qu’il y avait quelque chose sur la table. Quoi ? Quelque chose qui ne devait pas y être. Des cigarettes. L’odeur de brûlé. De l’alcool ? L’odeur mentholée. Et dans la cheminée ? Quelque chose de brûlé ? Toujours cette odeur. Il y avait quelqu’un d’autre dans la pièce. Et ce n’était pas un numéro. C’était un Heureux. Qui ? Rien n’a été enlevé. Si. Mais quoi ? Qu’a-t-on voulu faire disparaître ?

Je décide de pousser le bouchon trop loin, pour voir :

– J’exige, avant la délibération finale, d’interroger d’autres témoins. Des Heureux.

Le chef de La Tournante et Anatole se regardent. Le Second Né ouvre la bouche :

– Je crois que ça ne va pas être possible.

– Objection votre honneur !

J’ai entendu ça dans une série ricaine. Je sais bien que ça n’a pas cours en France mais ça impressionne toujours. Ça fait coup de semonce. Ça vous donne un avantage.

– Vous n’avez rien. Aucune preuve. Aucun suspect véritable. Qui aurait eu un quelconque intérêt d’assassiner un Heureux, le Grand Prêtre, que d’ailleurs personne n’avait encore vu, que personne ne connaissait, le lendemain de notre arrivée ? Nous étions tous chômeurs ou chômeuses. Ce taff, c’est inespéré pour tout le monde. Et vous le savez.

Ils se regardent.

– Bon, fait le chef de La Tournante.

– Oui, ajoute Anatole. Loué Soit..

Il ne finit pas sa phrase.

– On va tout vous expliquer… mais il ne faudra rien dire, hein ? murmure Colin, le chef de La Tournante.

Je hausse les sourcils.

– S’il vous plaît… Pour la survie du Village… me supplie Colin.

– Vous avez notre avenir entre vos mains… pleurniche Anatole…

S’ils se mettent à genoux, je vais être gêné.

Ils se mettent à genoux…

 

À suivre…

 

François Braud

Publicités