Couac : Donald est mort !

Je vous sens bien derrière votre ordinateur, la lippe molle, les yeux incrédules, les bras ballants. Vous n’y croyez pas : Trump est mort ! Vous avez raison. Ce Donald-là, celui dont je vous parle, avait de l’élégance et de l’humour. Ce ne peut donc être l’homme à la chevelure orange. Je vous parle des maîtres, des gens qui comptent dans le monde moi, pas des seconds couteaux.

C’était un papier de janvier 2009, paru dans Émancipation. Il n’a pas jauni. Il est vrai que rire est une activité dangereuse, hein Charlie ?

 

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Donald Westlake

https://www.wsj.com/articles/SB123154637070569821

 

Je ne sais si c’est l’âge, le muscadet ou l’année trépassée mais je me surprends de plus en plus à écrire des notices nécrologiques.

Après les morts de Chesbro (le 18/11) – lisez Bone (Rivages), de Fajardie (le 01/05) – lisez Tueur de flics (La Table ronde), de Crumley (le 18/09) – lisez Fausse piste (Folio), c’est au tour de Westlake de s’éclipser le jour du réveillon (le 31). Donald, dont Michel Lebrun – mort lui aussi en 1996, lisez Rue de la soif (Seghers) – disait, et j’en ai souvent fait un titre, une conclusion dans des lignes publiées dans cette revue :  » Le temps est venu de prendre les comiques au sérieux « .

Je n’ai jamais quant à moi négligé le rire et lui donne toujours aujourd’hui une noblesse que l’on ne rencontre même plus dans les regards des femmes encapuchonnées sortant de la chapelle Sainte Marie du Rosaire ou de la messe dominicale sous leur parapluie pour ne pas froisser leur mise en plis, dans une contrée vendéenne. Les hommes quant à eux, veules et pleutres, s’enivrent au café avec le curé décoré comme un arbre de Noël avec ses jolies veinules couperosées :  » Tu me remettras un p’tit blanc Henri« .

Faire pleurer dans les chaumières, fastoche : un flic alcoolique dont la mère a disparu tragiquement assassinée par un homme que l’on a jamais arrêté doit enquêter sur un serial killer qui s’attaque aux jeunes filles mères en signant ses crimes de son sang du mot Papa. Le père de notre héros étant inconnu, notre flic va, entre cauchemar trouble et réalité glauque, se retrouver confronté à son propre passé et cela se terminera mal, ça y est, vous pouvez sortir les mouchoirs.

Faire rire tient du génie ou de sa copine la gageure. Peu possèdent la première, encore mois ne détroussent la seconde. C’est tellement plus facile de ne pas rire. Donald – je me permets de vous appeler Donald, Donald ? – s’y attelait avec le plus grand sérieux dans la peau de son héros John Dortmunder, qui, quoiqu’il fasse, aussi sérieusement que possible, foire tout ou presque tout, met les pieds dans le plat avec bonheur, les coudes et les pieds sur la table tout en conservant un visage de convive élégant. Dans Pierre qui roule (Rivages) – 1ère aventure de Dortmunder – il vole cinq fois le même diamant, dans Aztèques dansants (Rivages), Dortmunder, comme tout le monde, court après des statuettes en or, dans Mauvaises nouvelles (Rivages) il enquête sur un Indien mort et… kidnappé…Résultat de recherche d'images pour "westlake donald aztèques"

Mais Donald savait rire noir. Dans Le Couperet (Rivages), un homme a trouvé la solution pour retrouver un job : éliminer tous ses concurrents au CV meilleur que le sien ; ou dans Le Contrat (Rivages) où deux auteurs échangent un bon procédé : j’écris ton livre, tu tues ma femme…

Évidemment, on ne peut pas s’empêcher de penser, si ce n’était leur âge, à Pouy, Mizio, Moore, Gendron et autres comiques de surveiller leurs artères, leurs poumons, leur foie et quand ils traversent la rue. On a envie de dire à la mort en 2009 : Merci, on a déjà donné l’an dernier.

François Braud

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