L’Affaire Triple S #16

Vous vouliez des nouvelles de Triple S ? Il vous en donne : Je te parle des écrivains qui écrivent les textes qui ont la longueur qu’ils méritent comme dit Marc.

Et paf dans la tronche du roman ! Et ssss sur la fesse de la nouvelle…

 

L’Affaire Triple S

Épisode 16

MOGETTE

 

– Tu crois que je l’ai préparé ma retraite, moi ? Hein ?

L’ancêtre s’énervait. Il est vrai que le sujet chauffe depuis 40 piges. 82 pour revenir historiquement à la rose. La retraite à 60 ans, puis à 62, voire 67 (ach, le modèle allemand) et pourquoi pas à la mort ou mieux avant de travailler, genre la retraite quand on est jeune, disons jusqu’à 30 ans, en voilà une mesure qu’elle est bonne, en mode positif comme disent les post ados.

– Tu crois que je vois long ? Loin ?

Il s’énervait le vieux, période électorale peut-être, il vote le libertaire Siccomore Sanchez Sanchez ?

– Y en a marre Léo * du long terme, la vieillesse n’est pas un naufrage, c’est une noyade.

M’enfin Gaston, ça faisait belle lurette qu’il y était lui, Triple S, en position passive, loin des tracas de la vie active.

– T’es pas à l’article quand même.

– Non, tel que tu me vois, je suis capable le jour de ma mort d’aller au cimetière à pieds, comme Jean-Marc.

Résultat de recherche d'images pour "trump"Fake news !

– Tu me rassures…

– Ouaip. Mais bon. Ça me fatigue les artères ce besoin de préparer, de planifier, de prévoir. La vie est un instant dans le présent, no future Joey !

Qu’est-ce qui lui prenait au représentant du 4ème âge ? La durite pétait ?

– Tu vois, je préfère Marc à Maurice.

– …

– Donnez-moi du court !

Du cours ? Il est branché Roland le Siccomore ?

– Tu regarde le tennis, toi ?

Interloqué, désespéré, à deux doigts du suicide intellectuel, près d’applaudir au dernier film de Bernard-Henri, le Triple S a fini par ma répondre :

– La baballe, faut toujours taper dedans. Qu’on veuille la mettre dans le filet comme Franck, un de ces manchots de fouteux ou au dessus comme Rafael, un de ces forçats de la terre battue, la baballe est toujours en jeu : et vas-y qu’on joue les prolongations, vas-y qu’on se tire la bourre dans le tie-break. Ça dure, ça dure, ça dure. Moi ça m’amollit. Même à mon âge, je préfère le dur, le court, le direct au foie, le KO quoi, le but en or, le pénalty ultime. J’envie Marc et je plains Maurice.

Des nouveaux amis ?

– Tu as de nouveaux camarades Siccomore ?

– Tu ne connais ni Villard, ni Dantec ? ironise-t-il…

– Ben si. Mais où veux-tu en venir ?

Il lape son muscadet. Et ça fait des grands schurlps, et ça fait des grands schlurps, comme dirait Jacques.

– Nulle part et surtout pas loin. Je te parle des écrivains qui écrivent les textes qui ont la longueur qu’ils méritent comme dit Marc. Pas plus, ni moins. Je veux aujourd’hui te parler de la dictature du roman, méprisant la nouvelle. Tu vois, une nouvelle c’est un baiser ou un crachat, une petite musique, un univers et une chute. C’est la cristallisation du roman noir, la pépite qu’on n’a pas besoin de tailler. Pourquoi faire plus quand on peut faire mieux ? Hein ?

Résultat de recherche d'images pour "trump"You’re fired !

– T’as décidé de me faire la retape de la nouvelle ?

– Mais tout le monde s’en fout de la nouvelle dans le pays de Guy ! C’est ça qui est énervant et déchausse les dents. Le roman, c’est un dentier, bien hygiénique dans son verre de fixodent (petit R dans un rond que je sais pas faire sur mon clavier), la nouvelle, c’est une dent qui tranche Alain !

Il était remonté comme un jogging sur un abdomen mou d’un retraité qui découvre le sport le dimanche matin.

– Prends les Éditions in8 (Inuit ?) qui, sous la direction du grand Marc Villard, propose des novellas d’une qualité rarement vue depuis la Loupiote.

Il pouffe. Une private joke, je suppose…

– La collection s’appelle Polaroïds et ça déchire grave. Le patron a tout expliqué sur NCP (Noir Comme Polar) à un scribouillard dans un tome 1 vantant Le Bar parfait de Pouy et Parures de Bartelt. Deux perles. La première provient de l’immense lassitude qu’a Pouy de manger ses huîtres (68) toujours au muscadet ou au Sauvignon. Merde ! Un Quincy, c’est tout de même autre chose, non ? Et il monopolise, de rues en rues, de bars en bars, à la recherche du blanc parfait. Il finira gris et lecteur de s’en jeter un derrière la cravate devant cette Rue de la soif sans fin. La seconde se cache sous la chemise des pauvres, des pauv’ gens zheureux qui font rien qu’à vouloir survivre plus haut que leur vie. Ainsi la maman habille le petit de beaux atours. Mais la société dit que ce n’est pas possible, autrement on les reconnaîtrait plus nos pauvres. Tu l’as compris, du noir de chez noir sans les artifices ricains du frilleur, sans le suspens du cliffhanger, sans la prétention de vas-y que j’te pose dans la première partie du roman l’ambiance (toujours sourde et glauque), sans ce tirage à ligne du XIXème, bref, du brut, du court, du bien senti.

Et un coup de langue claquée.

– Tu nous remettras ça Gérard !

Vous ai-je dit que la scène se passe au bistrot ?

Comme au bureau, Triple S enchaîne :

– Et ça continue avec Anne Secret. Son Moskova nous prouve qu’à vouloir se cacher, on se révèle et à vouloir ne pas se révéler, on cache ce qu’on aurait souhaité montrer. L’histoire repasse les plats mais ils ont rarement le même goût. La madeleine de Marcel est rassie. Même trempée dans la bière allemande, on se casse les dents sur le mur. La talent de cette femme-là n’est pas galvaudée Anne, elle le cache mais, à trop vouloir le dissimuler, il éclate pleins lignes Jo-Wilfried !

Fin de la deuxième fillette. Début de la troisième :

– Marcus Malte, l’air de rien, l’air de vous serrer la main en s’excusant, a tout de votre voisin. Discret derrière ses Canisses, il est là, gentil, oh… il ne gêne pas, il vit sa vie. Vous ne vous douteriez pas que la nuit, le jour, il caresse le clavier dans un monde normal, c’est à la mode François, qui ne l’est pas tout à fait vraiment. Son personnage, un voisin, peut-être le votre, vient de perdre sa femme et tente d’organiser sa vie autour de ses deux enfants. Il survit. Mais une question le taraude : pourquoi moi et pas l’autre, en face ? Pourquoi sa femme est-elle vivante et la mienne morte ? En voilà une question qu’elle est bonne ? Elle est évidemment sans réponse. Qu’importe, lui, le voisin derrière ses canisses, va en trouver une de réponse, ou, du moins, une solution à cette injustice. Si on avait habité en face et eux ici, qu’est-ce qui se serait passé ? Peut-être que c’est sur elle que ce serait tombé. Va savoir. Frissonnant.

Et comme pour se réchauffer, la quatrième est en route. Siccomore Sanchez deux fois va finir la chronique entamé.

– Mine de rien, ces textes te restent implantés là comme le petit lapin sur l’épaule de la fille dans Matrix…

Résultat de recherche d'images pour "trump"Le gouvernement des États-Unis n’acceptera pas ou ne permettra pas aux personnes transgenres de servir dans une quelconque capacité dans l’armée américaine

 

Il frappe son front (de gauche) de son index (droit).

– Demain j’arrête dit le camé dans le petit ouvrage de Max Obione, constellé de photos griffés par Hugo Miserey. Mais je dis moi qu’il faut qu’il continue à se camer de ces excellentes lignes le lecteur, ce menteur véreux au gros cul plombé dans la moleskine de son couinant fauteuil. L’auteur livre aussi dans la même boîte un Gun dans lequel Pandore nous montre ses fesses et le pain dont elle gratifie le maquignon des juments qu’il monte (Elle avait ça dans le sang, la Azhor, une méritante question galipette. Elle m’a mis sur les rotules.). Un concentré d’argot dont tu sais pourtant que je ne raffoles pas, j’aime le mot juste, le français classique et les caciques du XVIIème. Et pourtant, là, ça fait mouche, c’est tendrement vache, ‘achement cynique et ça nique les fins heureuses (…je meurs comme un gland.). Tout ce que j’aime. Merci Maxou, ta madeleine, c’est du beurre, un sourire et le cul de la crémière.

L’ancêtre avait apparemment renoncé à faire des doigts une main. Il baissait la tête, semblait fatigué par sa tirade. Le feu d’artifice avait tiré son final.

– Gérard !

Non, le pouce avait tutoyé les cieux et on attaquait la cinquième, enfin surtout lui :

– Je t’ai gardé le meilleur pour la fin. Le Roi (sans sa femme et le petit prince) de l’épure. Le King de la nouvelle. L’Empereur du texte court. Le Grand Carcassier, l’homme qui sait construire des squelettes, comme disait François à propos de Georges. J’ai nommé…

– On n’est pas aux Césars…

– Non, c’est vrai, on aurait du mal à le compresser. L’homme est mastoc et résiste aux modes. Jamais tu m’entends, jamais…

T’énerve pas.

– … il n’a cédé au long. Ou rarement. Ou c’était il y a longtemps. Où bien j’ai oublié.

Où il sentait pas bon.

Résultat de recherche d'images pour "trump"Build that wall !

– Chez Rivages, forcément, sublimement, il publie Un ange passe à Memphis. Marc Villard, c’est la précision d’une horloge qui te donne l’heure de départ du livre : Dave Mariano descendit du bus à 19h45 (incipit de la première nouvelle éponyme de l’ouvrage). À l’arrivée, une phrase (nouvelle : Cinoche) pour te dire qu’ : Il est 19 heures. Paris s’allume et tous veulent s’en sortir pour échapper à l’oubli. Tu viens donc de remonter de 45 minutes dans le temps et tout va recommencer. Tu cours vers ton destin comme Martin Luther King sur le balcon en ce jour du 4 avril 1968 à 18 heures 08 (selon l’auteur, 18 heures 01 selon Albert) où il reçoit une balle dans la gorge. Il lui reste 1 h 01 à vivre. Le temps de lire les lignes de Villard. Le temps de passer de la moiteur au frisson, du Tennessee au Dakota, de Winter à Walker, d’un assassinat à une arnaque sociale, de la mort programmée à la mort programmée. Comme d’habitude, Marc Villard nous entraîne dans un tourbillon printanier qui se termine en hiver, la nature est ici une fuite indicible, cauteleuse et irrémédiable. C’était écrit. C’est bien écrit. C’est du Villard, mon pote !

Il s’arrête. Va-t-il en commander une sixième ? Non, il n’a que cinq doigts à la main.

– Maintenant, tu peux reprendre une activité normale et replonger dans ton roman.

Fin de la discussion. Triple S se lève et part genre lonesome cowboy… Pas le genre du bonhomme de finir ainsi… Hé. Il se retourne et lâche :

– Et tu sais, j’oubliais, ce qui me fait préférer la nouvelle au roman c’est que cela emmerde au plus haut point ces imbéciles de la LUDAHEC !

Sacré Siccomore… Il envoie un petit tweet ravageur (sa phrase compte 140 caractères, espaces compris – vous pouvez recompter -, ha l’animal…) à la Ligue Universelle Des Auteurs et Héros En Colère. Ils ne sont pas prêts de l’oublier.

Nous non plus…

* La présente chronique, c’est un nouveau concept, fait dans la télé réalité : aujourd’hui, nous ne sommes plus que des prénons… Mais pour ceux qui rameraient, voici les patronymes dans l’ordre de leur compromission : Ferré, Lagaffe, Reiser, Ramone, Villard, Dantec, Garros, Lévy, Ribéry, Nadal, Brel, Maupassant, Cisive, Proust, Gavalda, Tsonga, Hollande, Nourissier, Simenon et Wikipédia.

 

Cet épisode est issu du même moule que celui paru dans le n°113 de 813 (rentrée 2012) à quelques scories près dont les illustrations (malheureusement contemporaines).

813, Les Amis de la littérature policière

Le Fouton Miévreux

Bibliographie :

Jean-Bernard Pouy, Le Bar parfait (Éditions in8)

Franz Bartelt, Parures (Éditions in8)

Anne Secret, Moskova (Éditions in8)

Marcus Malte, Canisses (Éditions in8)

Max Obione et Hugo Miserey, Mine de rien (Krakoen)

Max Obione, Gun (Krakoen)

Marc Villard, Un ange passe à Memphis (Rivages)

 

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