Les ZAD de Christian Roux

En ces temps de tolérance totale et d’amour universel, j’ai cru nécessaire de demander à Christian Roux s’il restait, non pas des bastilles à prendre, mais des Zones A Défendre… Ce sont mes questions, voici ses réponses….

 

ChristianRoux

https://www.payot-rivages.fr

 

Une ZAD littéraire ?

DADA et ses dérivés.

 

Une ZAD politique ?

Le féminisme.

 

Une ZAD médiatique ?

Une presse réellement indépendante (du financement des oligarques de tout poil, notamment, mais aussi des Etats).

 

Une ZAD sémantique ?

L’accord du participe passé en genre et en nombre avec le COD si celui-ci est placé avant le verbe, pour les verbes qui forment leurs temps composés avec « avoir ».

 

Une ZAD argotique ?

Faut pas tortiller du cul pour chier droit (malgré la ZAD sémantique).

 

Une ZAD sexuelle ?

Le cunnilingus.

 

Une ZAD alimentaire ?

Les patates sautées.

 

Une ZAD viticole ?

Le Jurançon sec.

 

Une ZAD SFCDT ?

Le repassage.

 

Une ZAD picturale ?

Le noir et blanc.

 

Une ZAD historique ?

Les Communardes.

 

Une ZAD sportive ?

Le retour à une pratique exclusivement amateur.

 

Une ZAD populaire ?

L’estaminet à tous les coins de rues.

 

Une ZAD vestimentaire ?

Le caleçon long.

 

Une ZAD animale ?

Les insectes.

 

Une ZAD cinématographique ?

Le plan séquence.

 

Une ZAD architecturale ?

Les cités jardins.

 

Une ZAD photographique ?

La mise au point manuelle.

 

Une ZAD offensive ?

Les Chiennes de garde.

 

Une ZAD finale ?

L’athéisme.

 

Option :

Une ZAD musicale ?

Les morceaux de plus de trois minutes.

 

Questions : François Braud / Réponses : Christian Roux

pst : merci à lui d’avoir ajouté une ZAD à la liste…

 

Maintenant on sait qu’est-ce qu’il dit ? Mais qu’est-ce qu’il fait ?

 

« La naissance est un big-bang et la mort est un trou noir. »

(Que la guerre est jolie – page 169)

Ubique, voire plus en cas de forme boostée, Christian Roux tape sur tous les claviers debout ou assis.

Ceux dont l’oreille n’est pas trop ensablée pourront s’user le tympan là : http://ko.nicri.fr/.

Ceux qui préfèrent s’user les yeux sur sa prose pourront lire sa nouvelle dans le recueil Banlieues parisiennes (dirigé par Hervé Delouche) sorti le 4 avril chez Asphaltes Editions (http://asphalte-editions.com/category/asphalte-noir/)

Mais moi je veux vous parler de Que la guerre est jolie (Rivages). C’est comme ça, j’aime être ailleurs.

Larmon. Au bord de l’Aisne. Ancienne ville ouvrière. La friche pour avenir. Aves ses vestiges : l’usine et le quartier qui s’y colle.

Un quartier qui résiste à la gentrification boboïque et une usine qui veut faire tourner la création squatteuse. A deux c’est mieux. Mais en face le maire a des alliés redoutables : on les appelle les promoteurs. Ils apportent la croissance, eux. Le progrès. La machine est infernale car la roue tourne, elle écrase, elle broie. Les habitants, les âmes, le passé. A moins qu’un grain de sable vienne enrayer l’engrenage.

Élise est enceinte et habite le quartier. Aussi « quand un coup sourd fait trembler le mur de la chambre » (page 35), elle se demande : « IL SE PASSE QUOI ?! C’est une guerre ? C’est ça ? C’est une putain de guerre ? » (page 38)

Oui ou du moins ça y ressemble. Et dans une guerre, on doit prendre partie.

Elise, le lecteur et même l’auteur.

Et ses personnages ne sont pas en reste.

Caspiani est le maire : il en dans la ciboulot et quand il « secoue intérieurement la tête« , « il entend presque son cerveau faire ploc, ploc« . (page 47)

Richard Deurthe en a deux et ils les salit pour Caspiani. « Tu veux que je m’en occupe ? » (page 54). Sa spécialité ? « Pervertir. » (page 55)

Elise est alors Debbie : « …le cancer dont souffre la ville, on en connaît le virus, et même si on se réveille trop tard, on peut encore le combattre« . (page 66) Et le fait d’être enceinte ne doit pas cantonner Élise aux camomilles et au tricot : « Parce que j’attends un gosse, je dois renoncer à ma conscience, rester sage et patienter ? Putain, Marc, ça sert à quoi d’avoir un gosse, si c’est pour arrêter de vivre ? » (page 68)

Khaled Koskeïa est photographe. Ses photos parlent moins que ses mots depuis que. « On baisse trop souvent les bras« . (page 51) Son œil est mélancolique mais pas larmoyant : « Quoiqu’on fasse, on ne fait que construire des cathédrales. Ceux qui commencent les travaux n’en voient jamais la fin et ceux qui les finissent ne savent plus comment ça a commencé. » (page 157)

« Kofi est un grand noir » (page 39) à la tête d’une petite entreprise qui ne connaît pas la crise et qui génère le prêt réussite à taux zéro. À condition d’accepter « l’argent du diable » (page 45). « La religion, c’est comme la baise, ça se pratique en chambre. Point à la ligne ! » (page 40)

Squad est au squat ce que Caspiani est à la mairie, en plus communautaire, évidemment. Un artiste roi de la fumette et petit entrepreneur. « On ne peut pas passer sa vie à être original, sinon, par définition, on n’est plus original. Mais ça n’interdit pas d’être efficace. » (page 74)

La guerre engendre tout. Et le traumatisme se conjugue à tous les temps. Guillaume le trépané en sait quelque chose…

« La science, c’est une vraie compétence, qu’on peut vérifier… Un bon roman, par exemple, c’est quoi un bon roman ? Qui peut définir avec des critères incontestables que tel ou tel roman est bon ou mauvais ? Alors qu’une théorie scientifique… » (page 137)

Je fais théorie scientifique ma subjectivité basée sur des critères que j’ai créés, approuvés, vérifiés : punch narratif, musique personnelle stylistique, personnages ciselés et humains, bons, méchants et ce gouffre de l’entre-deux, quelque chose à dire d’urgence (« Il a dit ce qu’il avait à dire. » – page 168) et, last beut not liste : la classe de mélanger le tout à la façon d’un Garnier, « snob chez les voyous et voyou chez les snobs« .

François Braud

 

 

 

 

 

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