Voiture 8, place 13 # voyage 1

Comment voyager sans exciter d’un seul poil (de) son empreinte carbone ? En voilà une problématique qui fait sens aujourd’hui alors que les plus climatosceptiques annoncent le bouillonnement climatique pour 2020 (le vin sera chaud, ça peut consoler). C’est tout simple : il suffit de se plonger (et ça rafraichit) dans la lecture et hop, en voiture Simone !Et on dit merci qui ? Merci Shanghai Express !

Shanghai Ex 1

Mouilleron-le-Captif/Göteborg

Göteborg/Mouilleron-le-Captif

« Le polar est une littérature pour insomniaques et ferroviaires »

JP Manchette

L’aller

Comme un petit pois sur un trampoline. Ça secoue, ça brasse, du vrai yogourt bulgare. Les fesses deviennent anglaises, les bajoues chevalines et la tête dodeline. Ce train est un vrai tortillard qu’aurait bouffé du céleri rave à la cocaïne. Enfin, faut pas se plaindre, déjà, il correspond avec la capitale.

Lire et vomir, c’est du loisir. Trop peu pour moi, je mate le paysage. Dans le reflet, un couple. Lui, place 21. Elle, place 19. Lui rêve. Elle lit. Du Daeninckx : Le der des ders (Folio Policiers). Lui ne rêve plus. Elle vient de lui mettre un coup de coude dans les côtes. Il revient à la réalité. Elle déchire les premières pages de son bouquin, couverture comprise, et lui donne. Lui lit le début. Elle la suite. Et ça dure comme ça jusqu’à Nantes. Ils quittent la place, laissant le livre éparpillé.

Lui : pas mal, non ?

Elle : ouais…

Je monte dans la correspondance, vérifie ma place :13, voiture : 8. J’y suis. Direction Göteborg, ses avenues staliniennes, son climat doux frigorifique, ses habitants rationalistes. Me remémore une phrase de Mankell, lue dans Avant le gel (Seuil Policiers) : « Ce qu’elle avait entendu était si effrayant qu’elle ne parvenait pas réellement à l’assimiler. Ces choses-là n’existent pas en Suède, pensa-t-elle. » Les Suédois ne sont décidément pas des gens comme nous. D’abord, ils enlèvent leurs chaussures quand ils arrivent chez quelqu’un, ensuite ils parlent une langue qu’on dirait de l’allemand et enfin tout part en couille chez eux depuis qu’un premier ministre s’est fait trucider en sortant du cinéma. Que ce soit Mankell, Nesser, Sjowal et Wahloo, Edwardson ou Shakespeare, tous les écrivains suédois le disent : il y a quelque chose de pourri au royaume de Suède.

J’en ai la preuve sous les yeux et il ne faut même pas lire entre les lignes d’Ombre et soleil (10/18, Grands Détectives), troisième épisode des enquêtes d’Érik Winter, le flic d’Åke Edwardson.

L’année 2000 qui approche à grand pas chamboule Winter. D’abord, il a quarante ans, ensuite il se met en ménage avec Angela et enfin, il va être père. Et comme si cela ne suffisait pas à le remuer, son père, qu’il n’a pas vu depuis qu’avec sa mère ils ont immigré en Espagne est en train de mourir. Certes ; ils ne sont jamais vraiment parlés mais là, ils ne pourront évidemment plus le faire. Alors, il file vers le sud et parle à son géniteur.

– C’est une belle conversation que vous avez eue, dit sa mère.

Une conversation prudente, corrigea Winter intérieurement. Aucune prise de risque. De grands cercles autour d’un grand trou noir. (page 55).

Et alors que Winter fait quelques maigres efforts pour reconstruire une relation, tout se délite à Göteborg. Un mystérieux correspondant reste muet en appelant chez lui, paniquant ainsi Angela. Un double meurtre à lieu à deux pas de chez lui. Et l’assassin a laissé une marque rouge sur le mur : WALL. Et le W est entouré. Pourquoi le cercle autour du W ? Dois-je penser au W ? Qu’est-ce qui commence par un W ? (page 168) s’interroge Winter, légèrement paranoïaque qui s’ignore…

La société suédoise à travers le prisme des faits divers et des faits sanglants. Qui fait le plus peur des deux ? La fille du pasteur qui se shoote ? Un inconnu courant après un autre avec un couteau ? Un automobiliste suédois brûlant un feu rouge ? Ou un chasseur s’accrochant à Winter, le prédateur. On retrouve ici l’atmosphère délétère et plombée d’Un cri si lointain et de Danse avec l’ange et les nombreux personnages du quotidien de Winter. Quotidien qu’il croyait rose et qui vire au gris sale : « Il marchait lui-même sur la scène, mais il n’y avait pas de projecteurs. Et pas de scénario. Rien que l’intuition d’une catastrophe imminente. » (page415).

 

Le retour

 J’ai brûlé ma dernière cartouche. Il le fallait bien. Je voudrais que cela ne finisse jamais (JC Lattès). Mais tout a une fin. Même la quatrième aventure de Winter.

 François Braud

Chronique parue dans Shanghai Express n°1 , mars 2006

 

        

 

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