« Un jour, vraiment, ça va mal tourner »

Attention, vous entrez sur un site littéraire (lectures et critiques ) ! Soyez sur vos gardes ; vous pourriez être contaminé*…

Lire provoque en effet une forte dépendance à l’évasion.

La position du critique debout est une zone critique mettant en avant un ou plusieurs livres de manière la plus franche possible sans souci d’y trouver, en retour, la moindre compensation si ce n’est celle que vous auriez en me disant que cela vous a donné envie de lire… ou vous aura éclairé pour ne pas le lire… FB

Nouveau ! Un Pouvoir Entièrement Social !

Au programme ce jour : Le recueil de nouvelles de Pascal Dessaint, En attendant Bukowski (SCUP)

« Tout ce quoi après l’homme avait cavalé n’avait plus de sens. »

En attendant Bukowski est une bière tiède.

Un plaidoyer optimiste : « Il y avait de l’espoir pour la planète… » doublé d’un constat pessimiste : « … avec ou sans humains », un réflexe comme « lorsque la vie a fini de vous étonner » voire « lorsque plus rien ne peut vous émouvoir ». En attendant Bukowski est un alcool dont ne sait, si c’est « un ami qui vous veut du bien mais qui vous fait du mal ou un ennemi qui vous veut du mal mais qui vous fait du bien »*, ou une Bouche d’ombre qui nous avale.

* La formule est de Jacques Dutronc.

Pascal Dessaint est un orfèvre de la nouvelle. Celles qui n’ont plus vingt ans depuis longtemps, ceux qui ont remplacé les points d’exclamation par des points d’interrogation le savent. Depuis Ça y est j’ai craqué (La Loupiote – voir le CDAP, lettre C, partie 1, post à venir, le 1er juillet) son talent, à caresser à contre-courant ou à cracher dans la soupe des gens raisonnables, est évident et roboratif. Avec En attendant Bukowski, il enfonce le clou dans la plaie, en reprenant 7 nouvelles du recueil initial et en en rajoutant d’autres puisés dans son premier livre : De quoi tenir dix jours (publié à L’Incertain, prometteur comme lorsqu’on monte un escalier) ou dans sa générosité ; il aime donner de ses nouvelles**.

** Lire aussi Les hommes sont courageux, Rivages noir n°597.

« le miroitement que produisait le ruisseau sous la lune »

La quatrième de couverture de l’éditeur (SCUP) nous prévient : les textes sont destinés à un public averti. Mais à la lecture, vous verrez que c’est l’inverse. C’est Pascal Dessaint qui nous avertit qu’À trop courber l’échine, On y va tout droit. Quand il prend le clavier, c’est pour dénoncer ce que nous faisons à la Terre et, éventuellement, à nos congénères. Il hurle au crime. Il balance l’indifférence car il y a Du bruit sous le silence. Si nous n’ouvrons pas les yeux, il nous les crève. La plus grande qualité, c’est peut-être sa lucidité, cette terrible blessure la plus rapprochée du soleil***.

*** René Char

Que poursuive les ombres des femmes à coup de marteau (D’ombre à ombre), qu’on reproche à son amant la mort de son mari (Je n’aimerais pas que tu m’oublies trop vite) ou qu’on tire la mort du hasard d’une rencontre ferroviaire, l’arme comme un coup de dé bleu (Les numéros gagnants) ou d’une rencontre nocturne (Le Bord d’une confession), la chute se termine toujours par un clap de fin, un fondu au noir. Les moments de jouir (Ça y est j’ai craqué), de se consoler (Un gros besoin de tendresse) ou de se serrer les coudes (Les joies de la famille) sont passés. Définitivement.

« un jour, vraiment, ça va mal tourner »

Si La vie n’est pas une punition, elle n’est pas non plus une récompense et Maintenant, le mal est fait et le retour en arrière paraît impossible, l’espoir d’arrêter la marche du monde vers sa fin paraît illusoire. Mais on a besoin d’y croire, on a besoin de cette utopie en ces temps subsahariens. Quand vivre n’est plus un avenir, Mourir n’est peut-être pas la pire des choses. Et, Pascal Dessaint, en quelques lignes, parvient à nous la donner, cette utopie, cette envie de vivre, L’horizon qui nous manque, car au fond, nous n’avons rien d’autre que ça ; Ce qui nous pend au nez.

Tout compte fait, cette bière, elle est fraîche.

Pascal Dessaint, En attendant Bukowski, SCUP, 2018, 158 pages, 12€

François Braud

livre reçu en service de presse et papier écrit sous la canicule avec un verre d’eau citronnée en écoutant Jean-Louis Trintignant : « Je bois à la gourde vide de sens de la vie« 

Annonce : « Les petits Manuel et Jean-Michel sont attendus à la caisse centrale. Je répète pas. »

À venir sur BBB :

La position du critique debout / Jusqu’ici tout va mal, Pascal Dessaint (la déviation)

Vous voulez de mes nouvelles ? / Abyme, François Braud

4 réflexions sur “« Un jour, vraiment, ça va mal tourner »

  1. Pingback: « Nous arrive ce qui nous arrive  | «bro blog black

  2. Pingback: Contre dictionnaire amoureux du polar / Lettre C (partie 1) | bro blog black

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