« Nous arrive ce qui nous arrive »

Attention, vous entrez sur un site littéraire (lectures et critiques ) ! Soyez sur vos gardes ; vous pourriez être contaminé*…

Lire provoque en effet une forte dépendance à l’évasion.

La position du critique debout est une zone critique mettant en avant un ou plusieurs livres de manière la plus franche possible sans souci d’y trouver, en retour, la moindre compensation si ce n’est celle que vous auriez en me disant que cela vous a donné envie de lire… ou vous aura éclairé pour ne pas le lire… FB

Au programme ce jour : Le recueil de nouvelles de Pascal Dessaint, Jusqu’ici tout va mal (la déviation), 2022, 136 pages, 12€

À lire aussi :  » Un jour, vraiment, ça va mal tourner » (Pascal Dessaint, En attendant Bukowski)

« Nous arrive ce qui nous arrive, et je pense que notre espèce ne sera finalement jamais capable de tirer les leçons du passé, ou bien d’entre-nous dominent dangereusement les moins éclairés, les plus stupides, au pont de rendre aveugles tous les autres, en particulier ceux qui pourraient améliorer ce monde. » (Lettre à une vieux naturaliste, pages 87-88)

Il s’inclut dedans. Parce qu’humain il est la poule et l’œuf, la cause et la conséquence, il est le problème et la solution. Pascal Dessaint est parmi nous un de ces Cassandre qui tentent de lancer l’alerte, livre après livre, parole après parole. De son premier roman Les paupières de Lou à son dernier Maintenant le mal est fait, Pascal* a toujours mis en avant une espèce animale de la plus légère (la libellule dans Un homme doit mourir) à la plus lourde (l’éléphant, dans Un gros besoin de tendresse), de la plus intelligente (la pieuvre dans Une pieuvre dans la tête) à la plus stupide (l’humain, dans tous ses livres), il n’a eu de cesse que de se répéter, avec grâce et talent : On y va tout droit.

* Je peux l’appeler Pascal, il m’appelle bien son vieux compagnon du noir.

Logique, qu’aujourd’hui, en 2022, se retournant sur son époque, il titre Jusqu’ici tout va mal.

SCUP et la déviation ne semblent faire qu’un éditeur, au goût prononcé pour le talent. Il ira loin…

La vie est belle, le monde pourri disait Manu Chao. Et, rajoute Pascal, « toujours une menace pèse sur la beauté » et donc : « la nature sans l’humain serait magnifique » (La Bernache et le faucon, pages 61-62). Il fait pourtant de ses congénères l’essentiel de ses observations, qui, comme les moineaux ont toujours à faire ou à montrer (Connaître un poète) et, avec cette drôle de bête, « il se passe toujours quelque chose » (page 122).

Il y a ceux qui comme Marc nient l’époque et trouvent dans un papillon orangé de quoi meubler sa solitude, Ghislain qui croit que Les arbres font guérir plus vite, Nathan que les rêves révèlent la vérité (La Corneille rôde toujours) et celles qui comme Suzanne trouve l’érection rassurante de leur compagnon, Manon qui hameçonne le pompier volontaire (Une pêche prometteuse), Yvette qui sait que donner et prendre, c’est pareil (Les mains parlent parfois plus vite que les lèvres), Le désir de Juliette qui se pose sur le torse nu de son voisin.

Et puis il y a l’enfer, pavé de bonnes intentions : La passion des chauve-souris menant à leur disparition, l’envie d’en découdre à la gourmandise (Une belle victoire), le respect de la nature à l’irrespect de la douleur humaine (Pour des pommes) et le fantasme au désespoir (Elle pensait)

Alors, Jusqu’ici tout va mal. Vraiment ? Non. L’espoir est au rendez-vous tant que Le Zizi chante le soir. Parce qu’au fond, « tout le monde espère quand même » avoir une dernière chance, même si « tout semble perdu » (Le seau bleu). Il se peut alors que la neige envahisse les hommes pleurant (…) tout l’alcool de la terre*.

François Braud

Ce roman aurait pu figurer dans ma liste des polars de l’année 2022. Il aurait suffi qu’il y ait un peu plus de place. Je me doute que vous saurez lui en faire…

livre reçu en service de presse et papier écrit en écoutant Zenone*

3 réflexions sur “« Nous arrive ce qui nous arrive »

  1. Pingback: Contre dictionnaire amoureux du polar / Lettre C (partie 1) | bro blog black

  2. Pingback: Contre dictionnaire amoureux du polar / Lettre D (1ère partie) | bro blog black

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