La citation du jour # liste noire 3

Parce qu’il faut bien s’y coller.

Parce qu’il faut bien mouiller la chemise.

Parce que ça n’arrive pas toujours aux autres.

Parce que chacun doit faire sa part.

Parce qu’il y a des millions de Chinois et moi, et moi, et moi.

Parce, selon mon humble avis à moi, je pense que.

Parce que pourquoi pas ?

Bref, je réponds aujourd’hui à la question existentielle : où vis-je ?

« Tout le monde habite quelque part.

Dans une HLM au nom rouge ouvrier, juste au bord de la nationale, en location pas bonbon, dans un lotissement nommé les Jonquilles, près d’un rond-point, dans un Sam Suffit individuel Ker quelque chose, dans une rue pavée à l’ancienne, dans un chouette quartier bobo avec un Arabe ouvert jour et nuit, dans un appartement cossu aux tentures de velours, dans l’bourg, en rase campagne, paumé, dans une impasse mal éclairée, dans un boui-boui mais propre, un taudis locatif avec vue sur le ciel, au quatrième sans ascenseur, dans une propriété immense et arborée, une niche étudiante à trois, seul dans une studette, en couple pourvu que ça tienne, avec maman depuis que papa a disparu, en plein centre-ville, avec pignon sur rue, face à la cour qui sent la pisse, avec toilettes à l’étage, sans chauffage mais avec une cheminée qui tire, bon an mal an comme on peut, dans une voiture sur cales, dans la rue avec cartons, dans un camping municipal avec douches à jetons, dans une résidence comme celle des Primevères, avec papa depuis que maman a mis les bouts, au bout d’une allée, juste à côté d’une maison verte, aux volets roses, à deux pas de la gendarmerie, dans une maison bleue adossée à la colline où on y vient à pied et où l’on ne frappe pas car on a jeté les clés, en dessous d’un voisin bruyant avec sa télé, au-dessus d’une voisine toujours absente, peut-être morte, avec une concierge à moustache, sans vigile, y a rien à voler, dans un logement à titre gratuit, un meublé avec des napperons sur le cosy, sans APL, dans un bidonville ensoleillé, in la City, en banlieue, à une lieue de tout voisin, dans un ghetto sans blaster, dans une yourte ou un igloo, à l’étage sans gaz, proche d’un commerce de proximité, derrière le Leclerc, au-dessus de la terrasse d’un bar, à droite du stop si tu montes la rue, à gauche si tu la descends, tu peux pas la manquer, c’est tout droit, au fond du couloir à droite, au fond du couloir à gauche, à droite, ce sont les WC, après le passage à niveau, avant le grand panneau publicitaire, si tu trouves pas tu appelles…

Tout le monde habite quelque part. »

 

François BRAUD, Les seins de Robert, in Robert est de retour ! , Granit noir, Terre de brume, 175 pages (pages 21-22).

 

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