Bang #4

Rubrique « coup de gueule », histoire de se lâcher, de s’énerver, pas trop, mais un peu quand même. Parce que, merde, je reste humain quoi. Y a pas mort d’homme mais il fallait que ça sorte… Je vais m’attirer des ennuis mais qui ne s’en attire pas, hein…

bangIllustration : don de Mme Pylette

Ça se lit comme un polar…

 

Ça m’énerve. Vraiment. Ça m’escagasse les synapses grave.

Les critiques littéraires sont des gens sérieux. Ils lisent les livres dont ils font le compte-rendu, choisissent sans aucune pression, sans regarder non plus le nom de l’éditeur ou de l’auteur. Personne n’en doute une seule seconde. Si ? Bon. Mais ce qui me titille les nerfs que j’ai en pelote d’aiguilles, voire en oursin ou en hérisson, c’est la facilité avec laquelle ils usent de formules toutes faites, bien senties, clinquantes et brillantes, par flemme, par facilité, par fatigue. Ainsi, d’un livre dont la qualité première est sa capacité à pousser le lecteur à tourner les pages, ce qui, vous en conviendrez, hein ?, est déjà une qualité que n’ont pas les plumitifs qui les critiquent (vous avez déjà lu un papier de Bayon dans Libé ?), le scribouilleur va lâcher, à un moment où l’inspiration ne doit pas frapper à sa porte, parce qu’il y a un match de foot à la télé, parce que c’est l’heure d’aller mettre la viande dans le torchon car maman a la migraine, la formule magique : ça se lit comme un polar.

Putain. Ça m’use le clavier. Ça me pompe la bonne humeur. Ça m’aiguise les incisives.

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En 2017. Gide a dit, me semble-t-il, pas moyen de retrouver la référence, des séries noires qu’elles étaient nos contes de fées modernes. Prévert a trouvé le nom de la collection de Gallimard. Lemaître, après d’excellents polars, a eu le Goncourt pour Au revoir là-haut (comme Vautrin autrefois pour Un grand pas vers le bon dieu), Malte le Fémina pour Le garçon. Pennac, dont on loue les aventures de Malaussène, Benacquista, dont on admire les scénarios, Picouly qui cause dans la télé, ont tous débuté en écrivant un polar.

On n’a rien demandé, nous, les amateurs de noir, ni d’être dans la pléiade, ni dans les thèses universitaires, ni à la une d’un JT de TF1. On est tranquille, dans notre coin, on lave notre linge sale en famille, on se tape sur la gueule et dans les gencives, on s’embrasse et on se bise la goule dans les festivals perdus dans la France profonde, à Mauves, à Lamballe, à Vienne, autrefois à Saint Nazaire ou à La Roche sur Yon, on se repasse les bouquins avec une lueur flavescente dans le regard, on trinque plus de raison, on raisonne en trinquant, on déniche un Lebrun (voir photo) que personne ne connaît, on recherche La Vie duraille, de JB Nacray, le premier Caïn, on loue Claude Mesplède pour son boulot énorme de pape du polar, on surfe sur les sites de Milieu hostile (https://www.milieuhostile.net/), de Marc Villard (https://www.marcvillard.net/), de Paul Maugendre (http://leslecturesdelonclepaul.over-blog.com/), voire de BBB (pas besoin de lien, vous y êtes).

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On ne demande rien, je le répète, mais juste un peu de respect, merde. Ça se lit comme un polar, c’est un peu comme dire de Francis Ponge que ça se lit comme un manuel d’utilisation d’une tondeuse à gazon, de Maraux qu’il se lit comme l’étiquette d’un camembert, de  Zola  que c’est un powerpoint sans image, d’Hugo que c’est une lecture facile comme un sms de rupture.

Ça se lit comme un polar. On en est fier mon pote.

C’est populaire, ça mange pas de pain, ça s’avale à l’apéro, ça se lit sur la plage, ça tient dans la poche, ça te pose des questions, ça te demande pas des réponses, ça te coule dans les veines, ça tranche dans le vif, ça te taraude le cerveau, ça plombe ta vie de merde, ça te révolte, ça te fait bouillir le cortex, ça te fait passer la peur de l’avion, ça te fait oublier le retard du train.

Le polar, je préfère le terme de roman noir, est une musique qui t’enlace, qui te réveille, qui te booste. Tout le monde est d’accord, non ?

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De plus, nous ne sommes pas sectaires, nous, nous lisons de tout, des BD (Bourgeon, Franquin…) , des livres de cuisine (Mathiot), des bouquins érotiques (Hardellet, Reyes…), de l’humour (Desproges, Rollin…), des romans blancs (Vieil, Dagerman…), des mangas (Urasawa), des livres d’histoire (Martin, Duby), des manuels d’utilisation de micro-ondes (Beko MOF20110X), la pléiade (Aymé, Queneau…), des étiquettes de coulants (Le rustique), des essais (Jorion, Onfray…), de la littérature sms (Pigmy de Palahniuk), de la SF (Brunner, Herbert…)… et last, but not least, le journal (L’Écho de Mouilleron-le-Captif, Elle…).

Enfin, vous m’avez compris. Non ?

J’arrêterais de m’énerver le jour où un critique dira d’un polar qu’il se lit comme un roman.

J’attends.

Autrement, je demande à JiBé d’appuyer sur le bouton BS13. Vous l’aurez cherché.

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François Braud

 

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