Montalbano, je fus

« – Envoie -moi le dottor Augello, lança le commissaire en passant devant Catarella qui se trouvait dans le cagibi qui servait de loge de concierge et de standard.

– Il est ne se trouvant pas sur les lieux, dottori.

– Mais on l’a vu ce matin ?

– On l’a vu et on l’a dévu, dottori, un éclair foudroyant d’éclair, on aurait dit, du fait qu’à peine qu’il arriva, il s’en ren-alla. Il fut obligé.

– Dans quel sens ?

– Dans le sens qu’on téléphona ici au standard du commissariat de par le fait qu’on ademanda urgentement très vite une aide de par le fait qu’il y avait un viol de flamant.

– On a violé un flamant rose ?

– Ezatement, dottori.

Qu’est-ce que c’était que cette histoire ?

– Tu as l’enregistrement de l’appel ?

– Naturalistement, dottori.

– Fais-moi écouter ça.

Catarella tripota les touches et à un certain moment s’éleva la voix excitée dune femme plus toute jeune qui tiléphonait passqu’elle était en train d’assister à un viol flagrant. « 

 

Nid de vipères.jpg

 

Tout est – ou presque – là.

Dans le début du chapitre 2 de Nid de vipères (pages 24-25).

C’est le dernier Montalbano que j’ai lu, au début de l’été. Avant que je n’apprenne le décès de son créateur, Andrea Camilleri.

J’aurais bien aimé me faire un rêve, mais non.

Andrea Camilleri est mort le mercredi 17 juillet.

Lire article de Libération

Je m’arappelle plus trop.

Je ne me souviens plus du premier que j’ai lu mais je sais que ce ne fut pas facile. On n’entre pas chez Camilleri comme ça, sans frapper. Il faut apprivoiser le bonhomme, sa langue (grâce à son traducteur), son humour, s’approcher de la Sicile, sur la pointe des doigts, du bout du palais pour savourer sa cuisine, se taire avec les habitants, la mafia a des oreilles et apprécier l’ironie, la fatalité et le temps qui passe.

Je m’arappelle bien cependant.

Ce dont je me souviens, en revanche, c’est, qu’après avoir réussi à pénétrer cet univers, n’en être jamais vraiment ressorti. Aussi, permettez-moi, aujourd’hui, même s’il reste des Montalbano à lire, des non-traduits et surtout le dernier écrit par Camilleri depuis quelques années qui mettra un terme définitif à la vie de son héros pour clôturer le cycle définitivement, de faire comme Montalbano quand il mange : me taire afin de siroter ma tristesse…

Andrea Camilleri, Nid de vipères, traduit par Serge Quadruppani, Pocket n°17541, 2019, 255 pages, 6€95

François Braud

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