L’Algorithme saison 5

Je suis un peu en retard. J’ai reçu des plaintes. Je comprends votre impatience.

Mais entendez mon plaidoyer. Le déconfinement a été une rude épreuve. J’ai dû apprendre sortir, à croiser des êtres humains, à leur sourire sous le masque, j’ai mis du temps à reconnaître mon voisin, la bouée peut-être, ma voisine, ses cheveux vert sans doute,  ma fille, j’étais persuadé avoir un fils… J’étais déboussolé. L’écriture s’en est ressentie. Forcément. Elle s’est faite molle, lente et têtue. Inévitablement. Et vous savez quoi ? Plus je tentais de la dresser, plus elle se cabrait. J’ai fini par lâcher le licol et elle est partie chevaucher des vertes prairies où l’herbe est plus verte que dans mon jardin. Évidemment. Et puis, elle a fini par revenir boire à la source, ha te voilà toi la pomponnette, me manger le pain dans la main.

Et c’est ainsi que j’ai pu rallumer le four.

Philémon, lui, rallume sa chaudière intérieure que sont les signes cachés dans les livres. Et, comme nous sommes jeudi, il tente d’améliorer le monde en intervenant sur le passé. Ça ne marche pas, mais ça l’amuse.

Et vous ?

Vous avez la parole. Exprimez-vous. Mais après avoir lu.

Ça s’appelle l’Algorithme.

Voici la saison 5.

Vous me direz, hein ?

 

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L’Algorithme, Saison 5

French salad

 

Ha quelle soi-rée !

Non mais quelle SOI-RÉE !

Philémon n’en revenait toujours pas.

Après ça, la nuit avait été magnétique, furieuse et démiurgique.

Il fallait pourtant qu’il se concentre avant que son HoRo ne vienne le rappeler à l’ordre. Mais il avait du mal. Alors, il tenait de faire contre mauvaise fortune bon cœur, voire bonne figure, attitude positive, entrain professionnel, bref, il tentait de maroufler son HoRo, le coller sur une fausse piste.

C’est ainsi qu’on l’entend « taper sur son clavier » de façon continu et fiévreuse dans les bureaux 811 et 815 qui encadrent le sien dans le Bâtiment C, Escalier 3, 2ème étage, Couloir 24 du Ministère des Éventuelles Rectifications Durables ou Éphémères. Comme si P1077 était d’une cruciale importance et sa résolution (RE ou RD ?) d’une nécessité vitale. De temps en temps, il « lâche » des Ha mais non mais non ! d’un ton de désespoir d’un homme ayant perdu toute sa famille dans un accident d’avion au Pérou, puis des Mais oui évidemment ! comme un Archimède hygiéniste se brûlant dans un bain trop chaud ou un Newton antillais groggy après la chute d’une noix de coco pendant la sieste postprandiale. Bref, il donne le change.

En fait, il est tout à hier.

Clavier qui s’excite…

Ça avait démarré avec une réunion distancielle classique. Convocation par lien HoRodaté. Connexion avec l’AN (Atmosphère Numérique) à l’heure non indue. Le Colis des Ustensiles à Leurrer à plat sur la table centrale. Une vieille appellation qui fait rire les anciennes et qui ajoutent en s’esclaffant plus fort sur ma commode. La vieillesse est un naufrage. Et le CUL est resté. Là pour vous attirer, vous tromper, disent certaines

– Vous n’allez pas en revenir, s’étonnait une voix grivoise. Aujourd’hui, c’est une soirée SUPERTWARE ! Et une soirée SUPERTWARE ne peut-être réussie qu’avec la présence d’une femme…

– Ha mais non mais non !

– Hé oui mon cher, minaudait une voie féminine, rien de tel qu’une femme pour jouer à l’infirmière..

Clavier qui trépigne…

Philémon avait alors décroché un petit peu (mais ce n’était pas grave, il avait débranché son HoRo, comme il en avait le droit, travail fini, clos dans son logis, certaines disaient qu’on avait beau le débrancher, l’HoRo était toujours en fonction, enregistrant tout, mais bon, s’il fallait écouter tout le monde…) en se demandant d’où venait cette curieuse dénomination. SUPERTWARE ? Il faudrait peut-être qu’il cherche au bureau mais foin du travail, il revint à sa réunion.

– Seulement 7 Mégas et 37 octets le vapo ! s’exclama l’homme.

– Il s’agit du flacon B7, susurra la femme…

– Mais oui évidemment !

Philémon prit alors le flacon B7 en se demandant s’il n’avait pas loupé un ou deux épisodes.

Clavier qui mitraille…

Comment procède-t-on, alors ? questionna la voix masculine.

– Alors… (suavement) on décapsule l’engin et on appuie sur le (sexy) pschit. Et hop ! Un coup sur la nuque. Un coup (murmurant), rien qu’un (souffrante).

Pschittttttt…

– Ha mais non mais non !

Philémon s’aspergea en se disant que c’était déjà ça de gagné. Une petite vapeur se dégagea alors, un peu piquante, une peu odorante, un peu comme…

Clavier qui redouble…

– Alors ? N’hésitez pas. Passez votre commande par votre AN. Livré demain pour une commande supérieure à 1 Giga. 

– Mais oui évidemment !

Comme ? …de l’urine ! Oui, il y avait un peu de ça. Mais en plus goûtue, non ?

Ce fut au tour de la pommade intra-nasale se propageant dans le corps afin de le protéger de toute infection (ça piquait un peu comme une goutte d’éthanal sur la langue), du suppositoire antivénérien (ça, il le testerait plus tard), du comprimé sommeil réparateur (pareil) et, clou du spectacle le LMT !

– Vous en rêviez ? Nos laboratoires l’ont créé : le LMT ! Le Masque Total ! s’excitait L’homme Derrière lui, une femme semblait trépigner.

– Ha mais non mais non !

– C’est le lot 813.

Philémon déplia la combinaison. Ha oui. C’était le masque définitif, une sorte d’imperméable en latex fin, s’enfilant de la tête aux pieds, épousant la plus petite particule de votre corps (cheveu, poil, ongle), le laissant respirer tout en le protégeant de toute intrusion. Il fallait simplement ne pas oublier d’enlever certaines valves avant de passer aux toilettes ou de parler sous peine d’étouffer et de se noyer dans ses excréments, sa salive, voire son urine. Mais ça, évidemment, c’était juste évoqué par une petite étoile page 47 du contrat. Il verrait ça aussi plus tard. Il était pressé d’avancer dans sa lubie.

Clavier qui s’énerve…

– Et simplement pour 2 Gigas, 8 Mégas et 02 Octets !

– Ha mais non mais non !

– Mais oui évidemment !

Philémon avait fini par poser le CUL entre deux chaises bien qu’il avait pensé le ranger en haut de l’armoire mais ça pesait comme le plomb ce CUL.

Et c’est là que tout avait commencé.

Il pense encore le lendemain d’où la mise en scène enregistrée du clavier et des exclamations pour convaincre ses voisines et son HoRo.

Et ça continue encore et encore. Ce stratagème lui permet d’être à tout son projet : Les oreilles ne voient pas. Au moment où il refermait après l’avoir lu, sans l’aide de l’AN, Un privé à Babylone pour y trouver quelques messages cachés de Brautigan, il se saisit de Paroles de Jacques Prévert et le feuilleta, ce qu’il faisait toujours pour se mettre en bouche. Coup au cœur page 192. Le titre du poème a été découpé ! Vérification dans le sommaire, il s’agit de L’épopée. C’est un signe. Il le cherchait dans les blancs plutôt que dans le noir, il avait tort. C’est dans l’absence qu’il devait le coincer. Il devait y avoir dans cet ancien mode de communication et de plaisir un message à décrypter non pas dans ce qu’on y disait mais dans ce qu’on n’y disait pas. Ce fut une révélation. Il se remémora des lectures et une vient le frapper. Plus que la vérité, il devait chercher l’erreur. C’est elle qui faisait sens. Dans La croix des assassins de Giacometti et Ravenne, du frilleur-mystico-franco-maçonnique-tatante, le personnage de Nicholas Watts, chapitre 56, page 283 devient sans crier gare Paterson et chapitre 70, Nicholas, page 287 se prénomme désormais James. Qu’est-ce que cela pouvait bien vouloir dire ? Quelle signification lui donner ? L’erreur est-elle voulue ? Souhaitée ? 

C’était là qu’il fallait chercher. La nuit avait été longue dans ses supputations, riche dans ses suppositions, magnétique dans ses interprétations.

Et ce matin, dans son bureau 813, il avait dans les yeux comme un goût de revenez-y, ha cette odeur de colle, de bois, d’encre (il savait bien que c’était dans sa tête, un peu comme le steak dans Matrix mais c’était foutrement bon quand même) mais aussi dans le nez comme une odeur d’acide acétique… Sans doute la pommade d’hier soir. Et sa nuque était comme grippée. Sans doute là aussi un effet secondaire du spray. On ne pouvait tester sans risque. On ne pouvait savoir à ce quoi on destinerait l’invention.

L’histoire regorgeait d’exemples. Pasteur s’était bien inoculé le virus de la rage, Raoult celui de la soupe de poisson, Macron celui de l’empathie (greffe rejetée).

De plus, il arrivait souvent que la découverte partait vers des utilisations on ne peut plus limite. Ainsi, Nobel regrettait sa dynamite tant il était persuadé qu’elle ne servirait qu’à des prospections minières, Sylvan regrettait lui l’invention des capsules de café qui permettait, paraît-il de faire dix fois le tour de la terre, boom économique et scandale écologique, Oppenheimer aidé par Einstein en cultivant leur champignon nucléaire, ont, certes lutté et fabriqué l’engin le plus vite possible pour éviter d’être doublé par les savants germaniques et nazis, mais ont laissé dans les mains de nos dirigeants de quoi faire péter la planète. Ce qui faisait dire à Albert : « Je ne sais pas comment sera la Troisième Guerre mondiale mais la Quatrième Guerre mondiale se résoudra à coups de bâtons et de silex ».

Ha oui se dit Philémon, tout en s’écoutant frapper sur son clavier (il avait coupé les Ha mais et les Mais oui, ça tapait sur le système à la longue), l’enfer est pavé de bonnes intentions. Il émit alors un petit rot. Décidément, ce spray et cette pommade avaientt des effets secondaires durables. Il cherchait en vain à quoi correspondait cette sensation olfactive. Quand soudain il sut. Et il lui revint qu’un de ses inventeurs qui regrettait sa découverte travaillait sur cette substance. Il lui vint alors une idée. Construire un fragment permettant à l’homme de mieux assumer son nom et à l’humanité son histoire.

Allez.

C’est jeudi…

 

* * *

 

Joseph Ignace râle un peu ce matin. Son atelier est en désordre. Pfff… Pas moyen de faire comprendre à cette femme de ne surtout rien toucher. Non, il faut qu’elle aille nettoyer, soulever, poser, cirer, laver toute surface, tout objet, tout mur, qu’elle pense souillés par ses expériences. Bilan, il ne retrouve plus rien : chaque chose étant à sa place mais à la place que Marie pense juste mais rarement à la place que Joseph Ignace l’avait laissée.

En ces temps troublés, les États généraux viennent d’être convoqués par le Roi (une première depuis 1614 !), Joseph Ignace, médecin de son État, travaille, ces derniers-temps, sur le vinaigre, il croit fermement qu’il y a en cette matière (éthanol et acide acétique), de quoi travailler à l’invention d’un vaccin contre la variole. Mais Joseph Ignace se targue aussi de faire de la politique et il vient de publier une pétition : la Pétition des six corps dans laquelle il réclame une réforme révolutionnaire. Il faut voter par tête et non par ordre. À chaque représentant une voix et si possible, il faut doubler le nombre des députés du Tiers-État pour rendre l’assemblée un peu plus représentative de la France. Autrement, rien n’en sortira. À deux voix contre une, noblesse et clergé mangeront toujours sur le dos du Tiers-États. Il ne s’est pas vraiment attitré les sympathies du roi et de tous ceux qui se partagent les miettes de son pouvoir ; les nobles et les clercs. Il est même question qu’il passe en jugement pour cet outrage. Ça l’inquiète mais, ce jour, il est à ses travaux. Il n’y pense pas.

Il cherche ses affaires et s’énerve de ne pas les trouver quand, d’un revers de coude, il fait tomber une éprouvette d’huile dans une solution de vinaigre..

– Pasembleu, s’écrie-t-il !

 

* * *

 

Ça y est se dit Philémon, on y est. Le fragment est en place.

Qu’est-ce que ça donne, murmure-t-il ?

Il peste aussi intérieurement en se disant que si son fragment ne contribue qu’à empirer la situation, il arrête ses jeux du jeudi et ne se consacre qu’à sa thèse : Les oreilles ne voient pas. Il faut d’ailleurs qu’il change le titre après sa découverte d’hier soir… Les yeux n’entendent rien ?

C’est la dernière tentative. Promis. Juré.

Pas craché. On ne contamine pas son lieu de travail.

 

* * *

 

Le mélange se fait difficilement.

Il avait voulu d’abord jeter le tout mais s’était mis à observer l’expérience… Les deux matières semblaient s’enlacer et se repousser en même temps. C’était fascinant. Puis, fatigués par tant de circonvolutions, chacun reprenait sa place : le vinaigre en bas, l’huile en haut. Il lui vint l’idée de secouer le tout. Nouveau mélange, nouvelles approches, nouveaux refus et nouveau repos séparé. Il ne savait que penser. Il secoua à nouveau le tout et sans qu’il ne s’explique la chose, mis l’index dedans et celui-ci à sa bouche. Léger papillotement des papilles, franc hérissement des muqueuses, montée au cerveau pour finir sur une note de ravissement.

Alors que la question qu’il se posât fut : que fais-je faire de cette émulsion ?

Marie rentra avant la réponse avec un panier du jardin. Sans frapper. Évidemment. Et en l’ouvrant :

– Monsieur veut manger quoi ce midi ? J’ai de la belle salade.

 

* * *

 

Et voilà. Le Joseph Ignace vient d’inventer la vinaigrette. C’est pas une découverte qui va faire couler le sang ou mettre la planète en péril, si ?

Philémon a hâte de voir la suite…

 

* * *

 

Joseph Ignace est ravi. Il a oublié son énervement envers Marie, il la biserai même tant il est content de sa découverte. Cette solution de vinaigre et d’huile est divine avec de la salade verte. Il pense à l’appeler huilette. Il trouve que ça sonne bien. Il est heureux, benaise comme dit Marie qui vient d’une province lointaine, le Poitou. Mais quand ça va bien, c’est que ça va mal aller. Arrive alors un coursier pour lui signifier qu’il va passer en jugement au Parlement de Paris. Ça calme un peu ses ardeurs. Il prépare sa défense avec fébrilité dans la quinzaine qui suit et, pour gommer le politique, décide de mettre l’accent sur sa découverte. Mal lui en prend. Quand il explique sa huilette, les juges font tout de suite le lien avec sa pétition : l’huile, ce sont les corps nobles et clercs, le vinaigre, le Tiers-État. La preuve ? Quand elle est au repos, la solution retrouve ses marques : l’huile domine le vinaigre. Le mélange des deux matières ne tiendra pas, en cuisine, comme en politique. Il est condamné à l’exil, sa pétition est brûlée et sa découverte bonne à aller polluer d’autres nations. L’Angleterre choisie par Joseph Ignace est un bon choix. On ne peut rien attendre de bien d’un peuple qui a coupé la tête de son roi…

 

Home Home

 Home Home, Lionel Benancie

 

Ainsi Joseph Ignace émigre et suivra de loin les prémisses et les débuts de la révolution française. Il développe si bien sa découverte qu’il devient le favori de toutes les cuisines de sa majesté avec sa french salad. Il faudrait lui trouver un nom lui disait un courtisan un jour, et pourquoi pas la guillotine ? Le Dr Guillotin n’est pas convaincu. Certes, il aimerait laisser son nom à la postérité mais il hésite. On sait ce qu’on laisse, on ne sait pas ce qu’on trouve. D’autant plus qu’une fronde anti-français graine et monte. On reproche au Français d’imposer ses goûts culinaires à un peuple dont il ne fait pas partie. Sa french salad a ses détracteurs, ses opposants et, dans la société british, dans tous les pans de sa culture, on critique son intrusion dans l’assiette anglaise. Ainsi, Layonel Nassau, un peintre avant-gardiste, revendique un nationalisme effréné avec son tableau Home Home (voir illustration). Ces ghosts orange, comme l’origine hollandaise de la royauté, semblent de leurs yeux ronds comme des agates translucides verdir au contact de cette french salad symbolisée par celle lampe à huile champignon d’un vert caca d’oie. Une peinture à l’huile au goût de vinaigre. Plus tard, il peindra aussi un Lemon Lemon contre la french oyster et un Garlic Garlic pour s’opposer à la mode du french snail, puis un Butter Butter pour dénoncer le massacre des french frogs. Avant que la pandémie n’atteigne le camembert et qu’il ne peigne un Running Running, le Dr Guillotin rentrera en France en 1799 après avoir fait, malgré les critiques, fortune, en masse. En cette année révolutionnaire, il est attendu. Il est vrai qu’il a financé, grâce à sa french salad, les études du fils de son ami d’enfance, un Corse, un certain Buonaparte. Et dès 1802, quand le Napoléon rétablit l’esclavage, il va faire fructifier sa fortune dans le bois d’ébène. Il peut enfin dresser la tête que lui avait fait courber la canaille royale française. Et désormais, mangeant dans l’écuelle de l’empereur, il n’a ici aucun risque de la perdre, la tête…Ce n’est pas comme tous ses anciens amis qui sont passés sous la louisette ou le louison.

La louisette ?

Le louison ?

 

* * *

Comme quoi, essayez de faire le bien vous…

Philémon revient un peu en arrière. Qu’est-ce que c’est que cette louisette ? Ce louison.

Non mais c’est pas vrai ! hurlerait presque Philémon ?

– Qu’est-ce que c’est que ce binz ?

Il relit attentivement la programmation de son fragment. Non, rien ne semble clocher. Aucun grumeau. Il ne comprend pas.

Il relance la machine sur la France de 1789 et voit avec effroi qu’on guillotine avec ardeur. Ce n’est pas possible. Si le Dr Guillotin a inventé la vinaigrette et été exilé en Angleterre, il ne peut pas avoir inventé la guillotine en France. Il y a un grumeau, un gros grumeau.

Il cherche. Il trouve.

Lorsque l’on surnomme la machine infernale philanthropique raccourcissante, de nombreuses images sont employées : la veuve, la silencieuse, la grande veuve, la saigneuse, la veuve rouge, le bois de justice, le rasoir ou hachoir national, la bascule à charlot, le Monte-à-regret, la lunette, la décolleuse, l’abbaye de Saint-Pierre, le panier de son, le vasistas, la demie Procuste, le coupe-cigare, le massicot, l’étêteuse… Ayant éliminé les surnoms postérieurs à la révolution, issus des siècles suivants, il revient sur les deux termes qui l’avaient interpellé : la louisette et le louison. Il pense, dans un premier temps que la louisette provient de l’exécution de Marie-Antoinette et le louison de celle du roi mais, après quelques clics, il comprend que c’est en fait des surnoms provenant d’Antoine Louis, un chirurgien (bonjour le serment d’hypocrite) le maitre d’œuvre, concepteur de la bascule.

Nouveaux calculs. Nouveau fragment. L’Antoine, le Louis (1723-1792) va avoir un tout autre destin. Non mais. Une belle septicémie en l’an 1777. Et hop ! À la jaille la guillotine.

Entrée.

– Mais c’est pas Dieu possible.

Ça guillotine encore !

Il re-cherche. Il re-trouve.

C’est un artisan, un certain Tobias Schmidt, facteur de clavecins, amoureux de la musique bêlante, qui a dessiné et construit la première « guillotine » : la schmidette, en quelque sorte ? Et testée sur des moutons. On n’est pas des bêtes.

Fatigué le Philémon, il se dit, qu’en fait, quand une idée est dans l’air, n’importe quel imbécile peut s’en emparer. Il est presque certain qu’en changeant, à l’aide d’un nouveau fragment, le destin de cet olibrius, un autre, sorti de l’ombre, prendra sa place.

Ctrl alt suppr.

Désespérant.

 

François Braud

 

L’illustration est une huile (forcément) sur toile (30 cm x 30 cm) de Lionel Benancie de 2004, intitulée Home Home. À part le titre, elle n’a rien d’anglais. Et l’homme n’en est pas à sa première compromission avec BBB : vous aurez reconnu l’illustrateur du feuilleton de l’été 2019, Lugosi. Découvrez l’auteur en cliquant (Faites vinaigre). C’est là :

https://benancie.jimdofree.com/