Les ZAD de Jean-Jacques Reboux

En ces temps du monde d’après, j’ai cru bon de demander, dans le monde d’avant,  à Jean-Jacques Reboux non ses explications fumeuses sur cet événement historique, cette rupture chronologique ni non plus ses bastilles à prendre, il serait capable d’y monter à l’assaut seul et sans armes, mais ses Zones A Défendre… Ce sont mes questions, voici ses réponses

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http://jeanjacquesreboux.blogspot.com/2015/03/une-lettre-de-francois-beranger-avril.html

Les ZAD de Jean-Jacques Reboux

Une ZAD littéraire ?

L’Esprit Bénuchot.

Une ZAD politique ?

Pour en finir avec le délit d’outrage !
http://codedo.blogspot.com/2020/06/4-septembre-proces-pour-outrage-et.html

Une ZAD médiatique ?

L’Assiette au beurre.

Une ZAD sémantique ?

Abolition de l’abominable expression « Pas de souci ! », qui pollue les conversations depuis deux décennies, grâce à des mesures énergiques et révolutionnaires. Distribution à tous les écoliers, collégiens, lycéens, étudiants, enseignants, et à toute personne vivant sur le sol français d’un fascicule expliquant pourquoi cette formule stupide n’a aucune raison d’être, avec liste de tous les équivalents qu’on lui préférera. (Je travaille VRAIMENT sur cet opuscule.)

Une ZAD argotique ?

Saperlipopette !

Une ZAD sexuelle ?

Le triangle de Roquencourt (sans les mains).

Une ZAD alimentaire ?

La soupe au chou (pour les mois sans “r”).
La cancoillotte (pour les autres).

Une ZAD viticole ?

Le calva.

Une ZAD SFCDT ?

Éloge de la procrastination.

Une ZAD picturale ?

Le Printemps bénuchot.

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Une ZAD historique ?

Dynamitage de la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre, remplacée par un jardin d’acclimatation où chaque plante portera le nom d’un communard assassiné par les Versaillais.

Une ZAD sportive ?

Raymond Poulidor au Panthéon.

Une ZAD populaire ?

Les bals du samedi soir.

Une ZAD vestimentaire ?

Les chaussettes dépareillées.
Cela égaierait la vie des gens qui partent travailler tôt le matin, amuserait beaucoup les enfants, permettrait de sauver les milliers de chaussettes disparues dans les machines à laver et donnerait du travail aux psychanalystes de plateau.

Une ZAD animale ?

Le kakapo.
https://www.youtube.com/watch?v=OerjdtS-PRw

Une ZAD cinématographique ?

La Salamandre, d’Alain Tanner.
En alternance avec Un bruit qui court, de Jean-Pierre Sentier.

Une ZAD architecturale ?

Expropriation des banques au coin de la rue. Elles seront remplacées par des kiosques ayurvédiques décarbonnés, susceptibles d’accueillir les sans-abris, les migrants et les rêveurs.

Une ZAD photographique ?

Le Polaroïd panoramique.

Une ZAD offensive ?

La littérature est morte !

http://jeanjacquesreboux.blogspot.com/2020/05/la-litterature-est-morte-vive-la.html

Une ZAD musicale.

François Béranger.

Une ZAD finale ?

La prise de l’Élysée par les Gilets jaunes.

Maintenant on sait qu’est-ce qu’il dit ? Mais qu’est-ce qu’il fait ?

Il est des affirmations troublantes. Celles qui sèment plus qu’elles ne récoltent parce qu’elles assènent une vérité déguisée en mensonge mais, au fur et à mesure, qu’elles vous hantent, vous squattent, vous taraudent, elles se révèlent être, en fait, des mensonges grimés en vérité. Sûr de vous, vous finirez par douter. Avec le sentiment de vous mordre la queue alors que vous n’y arrivez pas, vous le savez, vous avez essayé, jeune.

« Le jour se lève et c’est déjà la nuit. », page 180, en est une. Je ne vois pas le temps passer disait le poète. Le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle l’avait précédé l’autre. On a beau la retourner dans tous les sens, cette sentence assénée par le père Bénuchot avant que de s’évaporer reste un mystère. Pour nous et surtout pour Jules Bénuchot qui a définitivement basculé dans la dernière partie de sa vie sans en oublier toutes les autres : celle où il fut chauffeur de taxi, celle où il collectait dans de petits carnets noirs la grande aventure humaine grâce à des témoins qu’il choisissait, celle où la physique quantique a bouleversé son existence, celle où il changeait le destin d’une vie… Changeait ? À 82 ans, il n’a rien renié, rien oublié et il vit encore afin de bousculer la vie de Léa jeune artiste en herbe à qui il demande d’écrire sa biographie.

Car à la question : Y a-t-il une vie avant la mort ? (page 175), Bénuchot a déjà répondu. Mais toutes les unes, tous les autres, cette marée humaine qu’il a croisée, qu’il croise, qu’il croisera, y a-t-elle répondu ? Y a-t-elle-même pensé ? Et vous ?

Avec L’esprit Bénuchot, Jean-Jacques Reboux a pondu [S]a vie mode d’emploi affirmait Jean-Bernard Pouy. C’est en réalité moins que ça et plus que ça. Plus, car Bénuchot est un arpenteur de Paris qui court d’artères en boulevard et de rue en ruelle et ne vit que loin de son immeuble. Moins, car Bénuchot ne s’intéresse pas aux détails mais aux courbes, trajectoires, cassures de la vie et leurs interférences, leurs parallélismes, leurs paraboles.

Perec avait écrit une tentative d’épuisement exhaustive, Reboux un essai d’embrassement (embrasement ?) intuitif.

Bénuchot c’est l’homme qui se souvient pour mieux oublier ou qui oublie pour mieux se souvenir. C’est surtout celui qui profite du hasard et qui l’attire.

C’est foisonnant, drôle, profond, dérision dérisoire de la vie, hymne à la liberté, coup de pied au cul aux aigri.e.s. Bénuchot est un passeur. Reboux un conteur.

Jean-Jacques Reboux, L’Esprit Bénuchot, lemieux éditeur, 538 pages, 2016, 22€

Si vous voulez l’acheter, aller sur le site de l’auteur :

https://jeanjacquesreboux.blogspot.com/

François Braud