La citation du jour # liste noire 2

« Ne remettez jamais au lendemain ce que vous pouvez enterrer pour toujours dans une liste. »

Richard Powers, Gains.

Aujourd’hui, c’est Marin Ledun qui s’y colle. La question est : Pour ou contre ?

 

« Alezan travailla contre.

Contre la main d’œuvre espagnole et portugaise qui afflua pendant les Trente Glorieuses et menaçait les ouvriers français.

Contre les rouges qui faisaient leur petite révolution.

Contre le péril jaune, depuis l’autre bout de la Terre.

Contre les gitans.

Contre les hordes d’Algériens, puis de Tunisiens et de Marocains, employés à moindre coût par les sociétés de débardage, contre ceux qui furent embauchés dans sa propre équipe et dont l’arrivée coïncida avec l’invention du chômage.

Contre les chômeurs eux-mêmes qui menaçaient les travailleurs comme lui, contre les patrons qui licenciaient, jetant davantage d’assistés dans l’arène, menaçant davantage les travailleurs comme lui.

Puis contre les instruments du chômage, contre les aides, les allocations, les Assedic, les ANPE, les Pôles Emploi, les travailleurs sociaux, les assistés, les impôts qui ne servaient qu’à remplir les poches des parasites, les SDF, les clochards, les précaires, les saisonniers, les fainéants de tout poil, les estivants qui envahissaient chaque été les plages et les chemins forestiers de Begaarts.

Contre les accords de Bretton Woods, contre le choc pétrolier de 1973, contre le rétablissement de l’heure d’été en 1976, contre le Traité sur l’Union européenne, contre les traités de Maastricht, de Nice, de Lisbonne, contre l’euro. Contre les sectes et les groupuscules crypto-fascistes, les intégristes et les contre-intégristes, les pollueurs et les payeurs, les présentateurs télé, les réseaux sociaux, les salauds qui jouaient en bourse avec les retraites des braves travailleurs, les camarades-levez-vous, les poings-levés, les indignez-vous, les nuits-debout, les alcooliques et les drogués, les collabos, les révisionnistes, les lâches qui fuyaient leur pays au lieu de se battre, les voyeuristes qui les prenaient en photo, crevant la gueule ouverte, sur des embarcations de fortune ou sur des plages, la tête dans l’eau, bouffés par les poissons et cramés par le soleil et le sel, ceux qui balançaient leurs photos de merde sur Internet, sur Facebook, sur Twitter, les connards qui relayaient ces mêmes photos en pleurant ou en bouffant un pizza jambon fromage, ceux qui se faisaient du fric sur la misère du monde, les passeurs, les gourous, les vendeurs d’armes, l’accélération de la circulation de l’information, les médias en veux-tu, en voilà, les proto-médias tous azimuts, les handicapés, les dépressifs, les burn-outés, les tarés, les fan-clubs de séries télévisées, les détraqués et tous les autres avec eux, merde, merde et merde, une bonne guerre, qu’ils aillent se faire foutre ! »

Marin LEDUN, Ils ont voulu nous civiliser, J’ai Lu Thriller 11 961, septembre 2018, 254 pages, (pages 27 à 29)

 

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